Appel de Marseille : « il faut en finir avec ces points de vente qui pourrissent la vie des habitants »

720 personnalités originaires de Marseille se sont réunies, la semaine dernière, pour réclamer la légalisation du cannabis. Pour Patrick Mennucci, conseiller municipal (PS) de la cité phocéenne, la légalisation est la seule manière de sortir les quartiers nord du trafic de cannabis.

«Légalisez le cannabis». La pétition signée, le 21 octobre dernier, par plusieurs centaines de personnalités exige une légalisation réglementée du stupéfiant. Cet «Appel de Marseille» fait suite à une tribune de 2017 publiée dans le Journal du dimanche. Patrick Mennucci, conseiller municipal de Marseille, était à l’origine de cette première prise de parole. Présent parmi les signataires, l’ancien député PS des Bouches-du-Rhône a répondu aux questions du CFJ sur cette nouvelle tribune en faveur de la légalisation du cannabis.

Vous êtes l’instigateur de la tribune publiée en 2017 dans le JDD. Vous avez de nouveau signé l’appel de Marseille la semaine dernière. Entre 2017 et 2019, qu’est-ce qui a pu changer à Marseille concernant les réseaux de trafic de stupéfiants ?

Rien n’a changé à Marseille, la tribune de 2017 n’a eu aucun effet.

Pour quelle raison ?

(Rire) Je crois savoir qu’il y a une opposition des pouvoirs publics à ce sujet, non ? Disons que nous n’avons pas réussi à les convaincre.

Vous parlez d’une légalisation du cannabis. A Marseille, certains point de vente attirent jusqu’à 2 000 clients par jour. D’autres génèrent 40 000 à 50 000 euros par jour. Cette situation est-elle compatible avec une légalisation encadrée par l’Etat ?

Il faut que la légalisation soit bien appréhendée par les pouvoirs publics. On peut, par exemple, mettre les prix en ciseau (qui consistent à encourager la présence d’un acteur dominant sur le marchésNDLR). Une autre solution serait d’assécher le marché illégal en proposant un produit de qualité supérieure aux consommateurs. Dans les spots de vente de cannabis, les produits vendus sont généralement de mauvaise qualité. Comme dans n’importe quel marché, le consommateur cherche un produit de qualité. Il n’achète pas du cannabis pourri par plaisir.

Selon l’Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies (OFDT), les taux de THC ont doublés sur 10 ans. Cette forte teneur n’inciterait-t-elle pas les acheteurs à continuer de se fournir sur le marché noir ?

Peut-être mais on ne peut pas se limiter à cet argument. Les pouvoirs publics ne le prenne même pas en compte. Ils ne veulent tout simplement pas entendre parler de légalisation. Il faut en finir avec ces points de vente qui pourrissent la vie des habitants.  En France, la prohibition est totale et l’on voit bien que cela ne fonctionne pas. 7 millions de jeunes consomment du cannabis. Autoriser la vente est la seule solution pour résorber les trafics.

N’y a‑t-il pas un risque que les trafiquants se détournent vers des produits plus nocifs ?

On peut trouver cinquante raisons de ne pas légaliser. On peut dire que lorsque les trafiquants n’auront plus le cannabis, ils se détourneront sur la cocaïne. Mais c’est une bêtise. Nous n’avons pas 7 millions de consommateur de cocaïne et il n’y en aura jamais car ce n’est pas le même prix. Les drogues tels que l’extasy, la cocaïne et l’héroïne relèvent de la brigade des stupéfiants. Avec le cannabis c’est une perte de temps. On mobilise 20 % des effectifs policiers, 20 % des effectifs judiciaires et 30 % des places dans les prisons uniquement pour le cannabis…

Depuis 2015, Marseille est ville pilote du «plan stup» qui a été présenté par le gouvernement en septembre. Le plan national de lutte contre les stupéfiants parle de 15 % d’incarcération de trafiquants en plus depuis la mise en place de ce plan. Est-ce pour autant un succès ?

Il n’y a eu aucune amélioration. On ne peut pas dire que rien n’est fait sur le terrain, mais tout est a recommencer à chaque fois ! L’État dépense un argent fou dans la répression (la dépense publique engagée pour lutter contre le canna­bis est estimée à 568 millions d’euros, NDLR) alors qu’en contrôlant le marché et la vente, on réglerait le problème. Je pense que l’on y viendra un jour.

Le «plan stup» présenté par le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner prévoit l’expérimentation d’une plate-forme d’appel anonyme pour signaler les trafics. À Marseille, cela peut-il être utile à la lutte contre le trafic de stupéfiants ?

Pour moi, c’est bidon. Les policiers connaissent les lieux des points de vente. On ne peut pas parler d’une plateforme anonyme pour des endroits où 500 personnes viennent par jour. Le trafic, ce n’est pas un type tout seul dans son coin. Ce sont des réseaux. Si les policiers marseillais ne connaissent pas les endroits où se trouve le trafic, moi je ne sais pas où est la Canebière.

Propos recueillis par Jules Bedo