Augmentation des expulsions de squats à l’approche de la trêve hivernale

À deux jours de la trêve hivernale, de nombreux squats sont évacués par les forces de l’ordre. À Montreuil, Marseille, ou encore Toulouse, les collectifs se mobilisent pour permettre à chacun l’accès à un logement digne durant l’hiver.

«Nous sommes ici parce que nos droits sont bafoués, jusqu’au droit le plus fondamental d’accéder à un logement digne !», dénonçait mardi 29 octobre dans un communiqué le collectif Laccueil Russell sur Facebook. Depuis leur logement à Toulouse, les 500 occupants du squat Muret tentent de s’organiser, à l’heure où la crainte d’une expulsion se faire sentir. Il y a une semaine, la préfecture est venue relever le nombre d’habitants, laissant présager une évacuation prochaine.

Augmentation des évacuations à deux jours de la trêve hivernale

Il faut dire que ce n’est pas une période de tranquillité pour les occupants des squats de France. À deux jours de la trêve hivernale – interdisant l’expulsion des locataires en raison de l’hiver — de nombreux «logements illégaux» se font évacuer. «Des dizaines de familles sont mises à la rue, alors qu’aucune solution alternative ne leur est proposée», dénonçait ce matin la mairie de Montreuil après l’évacuation d’un squat de 200 personnes. L’intégralité des habitants, installés dans le foyer vide après sa réquisition par la mairie, a été délogée dès 4 heures du matin par les forces de l’ordre. La préfecture, à l’origine de l’expulsion, à prévu d’autres logements pour les travailleurs réguliers.

Mais près de 150 sans-papiers, travaillant pour la plupart depuis une vingtaine d’années en France, se retrouvent sans solutions alternatives. «Certains ont pris la fuite, craignant d’être remmenés à la frontière, poursuit la mairie. Les autres ont été rassemblés sur le trottoir par les forces de l’ordre. Pour le moment, nous ne savons pas où ils vont aller. Le bâtiment, qui a vocation a accueillir le tribunal administratif, ne va pas être occupé tout de suite. A quelques jours de la trêve hivernale, c’est quand même incroyable !».

«Un logement digne pour chacun»

A Marseille, la situation est la même. L’association Rencontres Tziganes dénoncent trois expulsions en moins de deux semaines, laissant à la rue de nombreuses familles sans solution d’hébergement. L’évacuation de la bâtisse d’une congrégation religieuse était prévue lundi à 14h : «Une trentaine de personne ont été expulsées. La congrégation a gagné en justice, mais le bâtiment était vide depuis plusieurs années», confie Caroline Godard, membre de l’association. Pour dénoncer les expulsions massives de ces derniers mois, l’association prépare en collaboration avec d’autres collectifs un observatoire nationale des expulsions. «Il sera publié d’ici la fin de l’année. Le but est de dénoncer publiquement ces agissements, alors qu’il revient à l’État d’offrir un logement digne à chacun.»

Record historique des expulsions locatives en 2018

Ces nombreuses expulsions interviennent après la sortie du rapport de la Fondation Abbé Pierre, lundi 28 octobre. Ce dernier dénonce «un record historique» d’expulsions locatives en 2018, avec «plus de 36 000 personnes» concernées : une augmentation de 2,9 % par rapport à 2017. «Cela veut dire que nos actions ne permettent pas d’endiguer ce fléau», déplore le délégué général, Christophe Robert, à l’AFP. La fondation réclame depuis fin mars «un plan d’urgence», estimé à «100 millions d’euros», afin d’augmenter la compensation financières des bailleurs en échange des logements, à l’heure où l’État peine toujours à offrir un logement digne à chacun.

Manon Chapelain