Camps de migrants à Paris : la mairie et le gouvernement se «lancent la patate chaude»

L’association France Terre d’Asile pointe du doigt un nombre record de migrants dans les camps de fortune du nord de Paris, lundi 28 octobre. Marie Gougoureux est coordinatrice de l’unique centre d’accueil de jour pour demandeurs d’asile à Paris, géré par l’Armée du Salut. Pour elle, les dispositifs associatifs sont loin d’être suffisants pour gérer une telle affluence. Entrevue avec cette jeune femme au coeur du terrain. 

Les dispositifs associatifs sont‐ils suffisants pour répondre aux besoins des réfugiés dans les camps ?

Non. On ne peut plus répondre aux besoins de tous les demandeurs d’asile et nos dispositifs sont trop fragiles. Certains se battent pour avoir accès aux douches du centre, parce qu’ils sont trop nombreux. Nous n’avons ni les capacités matérielles ni les ressources humaines pour les accueillir. La Halte humanitaire ne suffit plus, il faudrait quatre ou cinq centres comme le nôtre pour accueillir tout le monde.

Comment expliquer cette affluence soudaine ?

Les migrants se déplacent davantage l’été. Comme l’hiver arrive, ils se réfugient là où ils peuvent. De plus, la trêve hivernale n’a pas encore débuté. Aucun dispositif d’accueil d’urgence n’est mis en place pour le moment.

Dès le mois de novembre, les associations ouvriront des gymnases pour les accueillir. Ça ne veut pas dire qu’il y aura de la place pour tout le monde. La préfecture et les forces de l’ordre vont déplacer une partie des demandeurs d’asile dans ces dispositifs d’urgence. L’Offi (Office Française d’Immigration et Intégration, Ndlr) y examinera leurs dossiers. Certains verront leurs demandes avancer, d’autres seront expulsés.

Quelles solutions pour désengorger les camps de Paris ?

Une des solutions, c’est d’envoyer les nouveaux arrivants directement dans les centres d’hébergement de province. Le but, c’est qu’ils fassent leur socialisation là‐bas. Une fois qu’ils sont installés dans les camps de Paris, il est inutile de les délocaliser. La plupart d’entre eux reviennent en région parisienne rapidement, parce que les seules connaissances qu’ils ont sont ici. C’est rassurant pour eux, qui ont perdu leur famille et qui ont voyagé des mois sans repère. À Paris, ils peuvent vivre au sein de leur propre communauté.

Vos seuls financements proviennent de la ville de Paris. Selon vous, quel devrait être le rôle de l’État face à cette situation ?

Le gouvernement Macron est clair: la loi asile et les politiques publiques sont de plus en plus strictes. Pourtant, le droit d’asile est une responsabilité régalienne : cela doit être pris en charge par l’État, et non pas par la Mairie de Paris. Mais le dialogue est complètement rompu, nous n’avons aucun interlocuteur avec le gouvernement. La Mairie et l’État se refilent la patate chaude.

Pour nous, il faut qu’il y ait une grande évacuation de ces camps de fortune. Ce qu’on demande, c’est que des gymnases ou un campement humanitaire organisé soient ouverts. Les demandeurs d’asile méritent des conditions dignes après ce qu’ils ont vécu. Rester à errer dans la rue les rend fous. Ça n’est bénéfique pour personne : ni pour eux, ni pour l’État.