Les chômeurs, grands perdants de la réforme de l’assurance chômage

Le premier volet de la réforme de l’assurance chômage entre en vigueur à partir du vendredi 1er novembre. Les chômeurs devront travailler plus pour être indemnisés. 1,3 million de demandeurs d’emploi vont perdre des droits.

À partir du 1er novembre, certains demandeurs d’emploi qui auraient pu recevoir une allocation chômage, ne l’auront plus. Des conditions d’indemnisation plus dures qui suscitent la colère des syndicats. Décidée cet été par décret, après l’échec des négociations avec les partenaires sociaux, la réforme durcit les conditions d’ouverture de droits à une allocation chômage.

Un durcissement des conditions d’allocations

Le seuil minimum pour entrer dans le régime d’assurance chômage est porté à 6 mois (ou 910 heures) contre un seul mois aujourd’hui (150 heures).

Désormais pour être indemnisé par Pôle emploi, un chômeur devra avoir travaillé l’équivalent de six mois sur les 24 mois précédents – au lieu de quatre mois sur 28 auparavant. L’écart est énorme : il faudra avoir travaillé un jour sur quatre pendant la période de référence, contre un jour sur sept actuellement. «Le gouvernement a fait un mauvais coup aux chômeurs avec cette réforme», regrette le secrétaire général de la CFDT.

Le gouvernement va supprimer la possibilité pour les demandeurs d’emploi, de cumuler petits boulots et allocations au chômage s’ils retravaillent durant la période d’indemnisation. 710 000 personnes sont impactées négativement, estime le directeur général de l’Unédic, Pierre Cavard.

Les salariés ayant des revenus supérieurs à 4 500 € brut par mois verront leur allocation diminuer de 30 % à partir du septième mois de chômage. Cette mesure ne concerne pas les seniors de plus 57 ans ou plus. 

La facture est particulièrement salée pour certains demandeurs d’emploi, à l’image des portraits peints par Mediapart.

En chiffres : 9 % des chômeurs ne seront pas indemnisés pendant cette première année. 16 % d’entre eux verront leurs droits diminuer de 20 % en moyenne. 12 % toucheront de leurs allocations plus tardivement (en moyenne 5 mois de retard). 11 % ne toucheront pas aussi longtemps leur allocation mensuelle et les cadres qui représentent. 2 % des demandeurs d’emploi verront leur allocation amputée d’un tiers.

Une seconde vague de réformes en avril 2020

Prévu pour le printemps 2020, le second volet de la réforme redéfinit les règles de calcul des indemnités. Au lieu d’être calculées à partir de la moyenne des salaires quotidiens pendant un an, elles le seront à partir du revenu moyen du salarié par mois, qu’il ait travaillé ou non, sur une période de deux ans.

À quatre jours de l’entrée en vigueur des premières mesures de la réforme d’assurance chômage, les syndicats dénoncent les conséquences désastreuses de ce changement pour les plus précaires. «On rentre dans une forme de trappe à pauvreté pour ces demandeurs d’emploi qui auparavant avaient des règles d’indemnisation qui n’étaient déjà pas mirobolantes», dénonce lundi 28 octobre le numéro un de la CDFT, Laurent Berger, à l’antenne d’Europe 1.

L’objectif de la réforme est de faire baisser la dette de l’assurance chômage, qui s’élève à plus de 37 milliards d’euros (source : Unédic). Mais le prix à payer pour les demandeurs d’emploi est colossal. Sur les 2,6 millions de Français indemnisés par Pôle Emploi, la moitié d’entre eux verra ses droits réduits à l’horizon 2021. Ces nouvelles règles permettront d’économiser plus d’un milliard d’euros dès l’an prochain et 2,5 milliards en 2022.