L’interdiction du port du voile lors des sorties scolaires divise et risque «de libérer la haine»

Une proposition de loi Les Républicains (LR) visant à interdire le port de signes religieux pour les accompagnateurs de sortie scolaires est examinée ce mardi 29 octobre au Sénat. Dans un contexte tendu suite à l’attaque d’une mosquée la veille à Bayonne, la proposition visant à réduire le communautarisme divise les élus de la République.

«Regardez ce qu’il vient de se passer avec l’attentat de Bayonne, à force de stigmatiser une population en fonction de sa religion, on libère la haine», dénonce Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français (PCF), auprès du CFJ. Le député de la 20e circonscription du Nord rappelle que le Conseil D’État tranchait déjà la question en 2013 en autorisant les accompagnateurs de sorties scolaires, a contrario du personnel de l’Éducation Nationale, à porter des signes ostentatoires de religion. Aller plus loin, consisterait selon lui à ouvrir une boîte de Pandore, à diviser les Français quand le besoin de vivre-ensemble se fait crucial.

Jacqueline Eustache-Briniot, sénatrice LR et autrice de la proposition de loi pointe du doigt un «vide juridique» qui laisse aux directeurs et aux proviseurs d’établissements la responsabilité d’inclure, ou non, des mères voilées dans les sorties scolaires.

«Une maman qui accompagne son enfant, c’est une maman qui s’intègre»

La question du voile, déjà examinée trois mois auparavant dans le cadre de l’examen du projet de loi pour une école de confiance, avait été repoussé par Jean-Michel Blanquer puis retirée en commission mixte paritaire. Le ministre de l’Éducation nationale, qui avait déjà rappelé que le port du voile n’est «pas interdit mais pas souhaitable» a réitéré son opposition à cette proposition de loi : «En allant au-delà du nécessaire, une loi serait contre-productive parce qu’elle enverrait un message brouillé aux familles».

Un constat partagé par Aurélien Taché, député La République En Marche (LREM), qui nous confie que la proposition est «terriblement mauvaise». «Une maman, voilée ou non, qui accompagne son enfant en sortie scolaire, c’est une maman qui s’intègre. La refuser pour son appartenance religieuse revient à la renvoyer à ses origines, à sa communauté supposée, illustre-t-il. Celles qui portent le voile ne sont pas partisanes d’un Islam politique.» 

La veille de l’examen de la proposition de loi, le 28 octobre, la sénatrice Samia Ghali (ex Parti Socialiste) enjoignait Bruno Retailleau, le président du groupe LR au Sénat, a retiré la proposition de loi dans «un geste de sagesse». Mais à reçu une fin de non-recevoir du sénateur qui considère que mettre le texte «sous le tapis serait la pire des choses à faire» :

L’accompagnateur n’est pas un fonctionnaire

Les échanges se sont tendus au Sénat alors que le sénateur non-inscrit Jean-Louis Masson a appelé à «prendre la problématique du communautarisme musulman dans sa globalité», évoquant par la même occasion la question de l’immigration et provoquant l’ire des sénateurs socialistes.

Gérard Larcher, président LR du Sénat, qui a déclaré que l’accompagnateur, faisant partie du temps éducatifs, doit être considéré comme un acteur du service public, s’est vu rétorquer par un ministre que celui-ci devrait donc demander à être payé.

Un débat qui pour certains, devrait être tranché par le chef de l’État, resté coi sur la question. Emmanuel Macron a reçu lundi 28 octobre le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM), qu’il a appelé à être plus offensif contre le communautarisme et l’islamisme. Abdallah Zekri, le délégué général du CFCM déclarait quant à lui à l’AFP que «chaque fois qu’on arrive en période électorale», on réduit «les maux de la France à l’Islam et aux musulmans.»

Tom Hollmann