La mort d’Al-Baghdadi ne fera pas s’envoler la popularité de Trump

En 2003 et 2011, l’arrestation de Saddam Hussein et la mort d’Oussama ben Laden n’avaient paru offrir un supplément de popularité à Bush Jr. et Obama qu’à très court terme, un an avant leurs réélections.

Durant la campagne américaine de 2012, Donald Trump avait reproché à Barack Obama de récupérer politiquement la mort d’Oussama ben Laden, l’année précédente. C’est désormais à son tour d’être accusé d’instrumentalisation après avoir annoncé de la même manière la mort d’Abou Bakr al‐Baghdadi, le calife autoproclamé de l’organisation État islamique, lors d’un raid des forces spéciales américaines en Syrie, le samedi 26 octobre. Soit à un peu plus d’un an de la prochaine élection présidentielle, dont les primaires commenceront en janvier prochain.

Fin 2003, la cote de popularité de George W. Bush avait grimpé de sept points, de 56% à 63% d’avis favorables, immédiatement après la capture de Saddam Hussein en Irak. En 2011, Barack Obama avait connu la même hausse, de 44% à 51%, après la mort de Ben Laden. Si les deux présidents ont été réélus quelques mois après, «il y a une corrélation mais pas de lien de causalité direct entre les événements», analyse l’historien Thomas Snégaroff, spécialiste des États‐Unis. Pour lui, la réélection de Bush et d’Obama était plus le fait «d’adversaires médiocres», le démocrate John Kerry et le républicain Mitt Romney.

Effet de ralliement autour du drapeau

Dans les deux cas, les dirigeants abattus ou capturés étaient des personnalités très connues. Saddam Hussein régnait en dictateur sur l’Irak depuis 1979. Ben Laden et l’organisation terroriste al‐Qaida étaient connus de tous les Américains depuis les attentats du 11 septembre 2001, qui avaient coûté la vie à près de 3.000 personnes.

Au contraire, la population américaine connaissait moins le chef de l’État islamique. Le lien entre Daech et les principaux attentats islamistes survenus aux États‐Unis ces dernières années (l’attaque de San Bernardino en décembre 2015, l’attentat de la discothèque Pulse en juin 2016, l’attaque au camion dans les rues de New York en octobre 2017…) était moins évident que celui entre al‐Qaida et le 11‐Septembre.

L’impact sur la cote de popularité de Donald Trump devrait donc être relativement insignifiant. «Il devrait grappiller un peu mais cela reste une opération blanche», estime Thomas Snégaroff. Connu en sciences politiques sous le nom de «ralliement autour du drapeau», ce gain de popularité en période de crise internationale ou de guerre finit généralement par s’effacer –il avait tenu un mois dans le cas de Bush Jr. et d’Obama. Pour l’historien, l’événement «n’aura pas de conséquences importantes sur les élections présidentielles de l’année prochaine».

Trump a rassuré ses alliés républicains

En annonçant la mort du leader du groupe État islamique, le président pourrait en revanche consolider le soutien du parti républicain. Le chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, qui déplorait un «cauchemar stratégique» après le retrait des troupes de Syrie, salue depuis dimanche le «leadership» de l’occupant de la Maison Blanche. «Il justifie son retrait de Syrie et s’affirme comme chef de guerre. Il montre qu’il sait commander, explique Thomas Snégaroff. Il solidifie son camp même si ce dernier était déjà en très grande majorité derrière lui.» Tout comme ses prédécesseurs, Donald Trump devrait tenter de surfer sur cette «victoire» face à l’EI dans sa campagne électorale. «Il a toutes les raisons de le faire», résume l’historien.

Ismaël Bine