SNCF : les grévistes tentent une discussion avec la direction

Les grévistes du centre technique de Châtillon se sont réunis devant le siège de la SNCF à Saint‐Denis (93). Mobilisés depuis hier, les salariés veulent amorcer des négociations avec la direction.

Ils sont une petite vingtaine sur le parvis de la gare RER Saint‐Denis – Stade de France vers 14h30 cet après‐midi. Malgré leur petit nombre, la couleur orange de leur veste de cheminots dénote dans le ciel gris francilien. Mais pas de microphone, de chants partisans ou de ballons géants floqués aux couleurs de la CGT. Les grévistes restent timides face à la horde de caméras venue recueillir leur témoignage. Et pour cause : ils ont déclaré seuls la grève. «Je ne préfère pas parler, c’est encore nouveau pour nous», avoue un employé de Châtillon. Un mouvement émanant «de la base», voté en assemblée générale sans l’intervention des syndicats dimanche soir.

Depuis lundi matin, l’axe Atlantique des TGV est très fortement perturbé : seulement 30% du trafic a été assuré lundi et 34% ce mardi. En cause, une grève surprise de maintenance du technicentre Atlantique (TALT) de Châtillon, largement critiquée par la direction de la SNCF. Les grévistes, eux, accusent l’équipe de Guillaume Pépy de vouloir revenir sur un accord local leur octroyant 12 journées de congé supplémentaire.

Pour soutenir les gilets orange, des cheminots de Lyon ou d’autres centres franciliens ont fait le déplacement. C’est le cas de Romain qui travaille dans le centre Landy de Saint‐Denis, à deux pas du lieu de rassemblement. «Je viens en soutien aux grévistes parce que ça arrive partout, déclare‐t‐il. Cela peut arriver dans n’importe quel service». Il n’exclut pas une propagation du mouvement sur son lieu de travail : «On verra comment la journée se déroule».

Les grévistes demandent à être reçus par la direction pour discuter de leurs conditions de travail. «Elles se sont vraiment dégradées», attaque Clément, 23 ans. Fils de cheminot, il est entré il y a huit ans à la SNCF en tant qu’apprenti. Aujourd’hui, il travaille à Châtillon. «On aurait pu arrêter la grève jeudi soir, mais la direction reste sourde alors que la balle est dans leur camp», explique‐t‐il.

Plus de 200 ouvriers sont en grève sur les 700 que compte le centre des Hauts‐de‐Seine. Selon Julie Le Mazier, sociologue des mouvements sociaux à l’université Paris 1, les enjeux sont importants même si la mobilisation interne est faible. «Il est intéressant de voir que seul un centre peut bloquer une région entière. C’est un moyen de redonner de l’efficacité à la mobilisation dans les transports aujourd’hui». Mais, pour elle, c’est aussi le moyen de construire un rapport de force avec le nouveau patron Jean‐Pierre Farandou qui doit prendre ses fonctions le 1er novembre. Ce week‐end, retour des vacances de la Toussaint, huit trains devraient circuler selon la SNCF.

Sandrine Tran