Face à la réforme de l’assurance-chômage, une mobilisation peu probable

Le 1er novembre entrera en vigueur une réforme de l’assurance-chômage qui va diminuer l’indemnisation de centaines de milliers de demandeurs d’emploi et durcir l’accès au chômage. Une «tuerie», selon la CFDT, mais face à laquelle la perspective d’une mobilisation paraît pourtant malaisée.

«Ça va être une tuerie», déclarait fin septembre, Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, à propos de la réforme de l’assurance chômage orchestrée par le gouvernement. En cause, la réduction des allocations de certains chômeurs –allant jusqu’à moins 50% d’un mois à l’autre– ou encore le durcissement des conditions d’accès aux indemnités. Des mesures nombreuses et complexes à saisir pour les allocataires concernés, au nombre de 600.000 environ selon le gouvernement, mais qui pourraient être deux fois plus nombreux.

Dans un climat social déjà rythmé par les grèves à la SNCF et les protestations contre la réforme des retraites,  peut-on s’attendre à ce que les centaines de milliers de chômeurs concernés s’organisent pour défendre leur cause? «Tout est possible en termes de mobilisation mais les chômeurs sont difficiles à organiser», explique Pierre-Edouard Magnan, président du Mouvement national des chômeurs précaires (MNCP). Il est à la tête de l’une des seules organisations associatives qui s’attache à venir en aide aux chômeurs. Elle compte 4.000 adhérents en France, même si le président estime environ à 100.000 le nombre de chômeurs qui passent chaque année dans ses locaux.

Un groupe hétérogène

Accueil, suivi ou encore accompagnement à la création d’entreprise sont proposés par l’association, qui reconnaît que de nombreux obstacles existent à une mobilisation des chômeurs. «Il n’y a pas une culture commune du chômeur comme il y a une culture commune du cheminot, assène Pierre-Edouard Magnan. C’est une situation que l’on espère temporaire, alors pourquoi se mobiliser quand on pense bientôt partir?»

Au-delà de ces difficultés, le dirigeant associatif souligne une «honte» à être au chômage aujourd’hui: «On préfère dire qu’on est en recherche d’emploi pour éviter d’être stigmatisé.» Cela nuit à «toute mobilisation collective» car «la honte intériorisée devient un frein». Les chômeurs sont donc réticents à s’afficher devant les caméras ou dans la rue et à ainsi incarner un mouvement.

Un nouveau 1998? 

Jean-Marie Pillon, sociologue spécialiste des politiques de l’emploi, partage ce constat: «La particularité des chômeurs est qu’ils n’ont pas de collectifs de travail, donc pas d’espace où peut se cristalliser une revendication. Généralement, ce sont les personnes les plus dotées socialement qui se mobilisent, ce qui n’est pas le cas des chômeurs. En 1998, les intermittents du spectacle étaient à la tête du mouvement.»

Cette année-là, la France avait connu une forte mobilisation spontanée de chômeurs réclamant une revalorisation des minima sociaux et une meilleure indemnisation. Marqué par des occupations de locaux de l’assurance-chômage et de lieux publics, le mouvement avait obtenu du gouvernement de «gauche plurielle» de Lionel Jospin le déblocage de un milliard de francs (150 millions d’euros). Une perspective encore lointaine en cet automne 2019: «Il reste des mouvements surprenants où les gens se mobilisent alors qu’on ne s’y attend pas», prévient Jean-Marie Pillon en évoquant le mouvement des gilets jaunes, qui s’apprête à célébrer son premier anniversaire.