Le Danemark autorise la construction du gazoduc Nord Stream 2

Copenhague autorise Moscou à poursuivre la construction de son gazoduc sur le territoire danois. La Russie compte approvisionner l’Europe en gaz via la mer Baltique, au détriment de l’Ukraine.

Le Danemark autorise, mercredi 30 septembre, la construction de Nord Stream 2, gazoduc controversé qui doit approvisionner l’Europe en gaz russe via la mer Baltique. La décision a été rendue publique par un communiqué de l’Agence danoise de l’énergie.

Déjà construit à plus de 80%, ce gazoduc est un investissement d’une dizaine de milliards d’euros financé pour moitié par Gazprom, fleuron de l’industrie gazière russe. Il doit permettre le doublement des livraisons de gaz vers l’Allemagne, dont les consommations dépendent d’un tiers de la Russie. Copenhague «est tenue d’autoriser la construction de pipelines de transit en respectant les ressources et l’environnement» a souligné l’Agence de l’Energie dans son communiqué.

Pour ses détracteurs, l’achèvement de ce gazoduc va accroître la dépendance des Européens au gaz russe. Vecteur important de la politique étrangère du Kremlin, l’énergie est le moyen de pression privilégié, depuis l’époque soviétique. Moscou est aujourd’hui le premier fournisseur d’hydrocarbures de l’Union européenne, et représente près de 20% de la consommation de gaz des Vingt‐Sept.

Moscou compte se passer de Kiev dans ses livraisons de gaz

Nord Stream 2 va, par ailleurs, renforcer l’influence de Moscou et affaiblir l’Ukraine, allié et partenaire historique des Occidentaux, par lequel transite une grande partie du gaz russe. Mais ces flux vont se réduire drastiquement quand le tronçon danois du gazoduc sera opérationnel.

Lundi 28 octobre, les négociations ont tourné court entre la Russie et l’Ukraine, au sujet du renouvellement du contrat de livraisons de gaz russe via l’Ukraine, pour les 10 prochaines années. Aucun accord n’a été trouvé entre l’ukrainien Naftogaz et le russe Gazprom. Le Vice Président de la Commission Européenne chargé de l’énergie, Maros Sefcovic, appelle sur Twitter les parties «à intensifier les pourparlers bilatéraux avant la prochaine conférence #TrilateralGasTalk en novembre». Il affirme: «je suis 100% convaincu qu’il est possible d’arriver à une solution équilibrée».

L’accord de transit entre la Russie et l’Ukraine arrive à son terme fin 2019, et les deux pays n’arrivent pas à se mettre d’accord pour la suite. «Fin novembre, de nouvelles consultations auront lieu. Notre sentiment est positif. À mon avis, la rencontre [du 28 octobre, ndlr] a été constructive, puisque nous avons vu que l’attitude de toutes les parties était constructive. Bien sûr, il y a des questions et des risques. Nous allons essayer de les lever ensemble», indique le ministre russe de l’Energie, Alexandre Novak. Fin 2019, Turkish Stream, deux gazoducs turco‐russes contournant le territoire ukrainien, sont censés entrer en service. Leur mise en oeuvre priverait Kiev d’une manne financière conséquente et d’une arme diplomatique de poids face à la Russie.

Emma Ruffenach