Le jeu vidéo Counter‐Strike utilisé pour blanchir de l’argent

Valve, le développeur du jeu de tir Counter‐Strike a annoncé, lundi 28 octobre, qu’il interdisait la revente de clés. Elles permettent d’acheter des objets dans le jeu. En pratique, la quasi totalité des transactions de clés entre joueurs servait à blanchir de l’argent.

Ordinateurs portables dernière génération, écrans géants et sièges ultra confortables. Ce mercredi 30 octobre, c’est l’ouverture de la Paris Games Week, un salon consacré au jeu vidéo. Une trentaine d’adolescents amateurs se pressent pour pouvoir jouer à Counter‐Striker contre des joueurs professionnels. La partie est commentée en direct. Le jeu est un classique. Il réunit vingt millions de joueurs par mois dans le monde.

Jules, 17 ans, attend son tour, un brin nerveux. Il explique le fonctionnement du jeu : «Le but est d’éliminer l’équipe adverse en les tuant ou en marquant le plus de points. Une fois la partie finie, on peut acheter des coffres, qui donnent aléatoirement des objets comme des armes ou des skins [décorations d’armes, ndlr]. Certains ont énormément de valeur.»

Pour ouvrir un coffre, il faut acheter une clé virtuelle, c’est le moyen de paiement sur Counter‐Strike. Les joueurs en sont friands. Porter un coloris rare montre que l’on est bon et que l’on joue beaucoup. Jules continue : «Je n’achète presque jamais de clés sur le marché dédié à Counter‐strike. Je préfère utiliser des sites extérieurs qui en vendent pour moins cher». Ces clés pouvaient jusqu’à présent être revendues entre joueurs. Valve, le développeur du jeu, l’interdit depuis lundi. L’entreprise s’est rendue compte que la quasi totalité des transactions de clés servait à blanchir de l’argent. À la Paris Games Week, aucun des joueurs interrogés n’utilise ou ne revend ces clés.

Cacher des jeux d’argent dans les jeux vidéos

«Le trafic et les opérations illégales ne me surprennent pas». JP a 28 ans. Il joue régulièrement à Counter‐Strike. Un jour, il découvre qu’il peut revendre à un autre joueur un coloris d’arme. Il l’avait obtenu en achetant une clé : «J’ai halluciné, mon skin (le coloris, ndlr) valait 250€. Deux jours après, je reçois l’argent de la vente moins une commission. J’aurais pu le virer sur mon compte, mais j’ai décidé d’acheter d’autres jeux».

Antonin, un joueur de 21 ans, confie qu’il n’est pas surpris non plus : « J’avais entendu des rumeurs », admet‐t‐il. Beaucoup de joueurs investissent sur le jeu pour obtenir ce qu’on appelle un loot, un objet reçu de manière aléatoire. Une loterie déguisée pour Lucia Romo, chercheuse en psychologie à l’université de Nanterre : «Ce système de loot combine du hasard et de l’argent». Casino, paris en ligne et jeux d’argent sont très surveillés par l’État. Le loot est arrivé il y a une dizaine d’années dans les jeux vidéo. Depuis, beaucoup de développeurs suivent le mouvement, car la pratique est très rentable. D’après Lucia Romo, «Ces opérations échappent totalement à la taxation». Elles ne sont donc pas sur les radars des autorités.

Contactés par le CFJ Lab, Valve et Tracfin, l’autorité responsable de la répression du blanchiment d’argent n’ont pas été en mesure de nous répondre.

Pour mettre de l’argent sur la plateforme qui permet de jouer à Counter‐Strike, il est possible de payer en cash dans certains bureau de tabac, ce qui empêche toute traçabilité. La décision de Valve est un premier recul dans la stratégie des développeurs de cacher des jeux d’argent dans les jeux vidéos.

Antoine Beau