Le Landy sauvage en sursis à la veille de la trève hivernale

A Saint-Denis, les expulsions préalables à la trêve hivernale inquiètent les squatteurs du Landy sauvage, un centre culturel autogéré… et illégal.

Ce mercredi 29 octobre, les squatteurs du centre culturel autogéré «Le Landy sauvage», à Saint-Denis (93), sont inquiets. La veille au soir, ils ont appris par un communiqué que la mairie les soutiendrait dans le maintien de leur activité sur le site, qu’ils se sont appropriés depuis plus d’un an. Mais la préfecture s’oppose toujours à leur présence, illégale et «dangereuse», entre ces murs qui ne répondent pas à toutes les normes de sécurité. Leur sort sera fixé jeudi, à 22 heures, avec le début de la trêve hivernale. Récit en images.

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Le squat accueille des activités artistiques et sportives, mais il abrite surtout une association d’aide aux réfugiés et aux SDF. Pour l’heure, la priorité est au maintien sur place jusqu’au début de la trêve hivernale, jeudi à 22 heures. «Si on tient jusque-là, c’est gagné !». Une grande fête est prévue «à 22 heures et une minute», rigole Mickaël, un gilet jaune venu en renfort au squat du Landy.

Depuis quelques jours et avec la menace de l’expulsion, les Landystes mobilisent tout le matériel du site pour se protéger en cas d’assaut policier. Palettes, escabeaux, chaises, tout est regroupé pour servir de barricades.

Alexis — à droite — et Valentin — à gauche — gardent l’entrée du Landy sauvage. Ils guettent surtout l’arrivée des policiers : «on a installé des cadenas, et on a des palettes juste à côté pour faire barrage aux flics. On fait des rondes pour avoir tout le temps quelqu’un de garde, avec des talkie-walkies au cas où il y ait une descente».

 

Les squatteurs du Landy sauvage ont tout prévu. Ici, Alexis nous montre l’objet auquel il s’enchaînera en cas d’assaut policier. «Sur le terrain, il y a plusieurs types de résistance, détaille-t-il. Certains vont physiquement s’opposer aux policiers et parfois s’en prendre à eux. D’autres hissent les barricades faites de palettes pour ralentir l’assaut. Moi, je m’enchaîne pour protester pacifiquement, mais si jamais les flics s’enflamment, je ne sais pas comment je réagirais dans le feu de l’action».

Certains Landystes s’investissent bénévolement depuis des années dans les communes voisines de Saint-Denis et de Saint-Ouen. «On est plutôt bien vus ici. On ne fait rien de mal, et la mairie connaît beaucoup de squatteurs, c’est pour ça qu’ils nous apportent leur soutien», expliquent des jeunes filles. Mais la préfecture continue de dénoncer le squat.

«On a des règles et des chartes de bonne conduite. Les voisins ne se plaignent jamais de nous…» Alexis défend bec et ongles le lieu qu’il fréquente depuis six mois. «J’ai appris plein de choses ici. Je prends même le temps de lire. Depuis que je suis là, j’ai lu le code pénal en entier… le savoir est une arme, c’est important de connaître la loi pour connaître ses droits. Bon, j’avoue, j’ai aussi lu Vampire Diaries».

Heather est britannique. Elle a quitté son pays en 2016 pour aider les migrants arrivés en France et a fondé l’association «Paris refugees ground». Dans un hangar du Landy sauvage, elle stocke 4 500 matelas et 2 500 sacs de couchage. Tous les soirs, sans exception, à 23 heures, elle part en binôme pour les distribuer dans tout Paris. Elle ne revient qu’à 6 heures du matin au squat, exténuée.

«On prend les responsabilités que l’Etat devrait tenir lui-même», soupire Heather. «Et maintenant, ils voudraient m’expulser ? Si je suis virée d’ici demain soir, je devrais vivre dans mon van. Mais je ne sais pas où je stockerais le matériel».

«Les tentes que je distribue aux sans-abris, c’est surtout de la récup’, explique Heather. On en récupère souvent à la fin des festivals de musique, quand les campeurs les laissent dans les champs».

Au Landy sauvage, pas de limite d’âge. Ici, des petites filles en vacances jouent avec les sacs de couchage d’Heather, sur un toboggan récupéré dans la rue. Leurs mamans les observent de loin.

Le Landy sauvage est en sursis jusqu’à jeudi soir. D’ici là, ils ont lancé un appel à renforts.

Lola Collombat