Le terme «attentat» en question

Attaque? Fusillade? Attentat? Ces événements tragiques mènent souvent à un abus de langage dans les médias. Peu après l’attaque de la préfecture de police de Paris et de celle de la mosquée de Bayonne, journalistes et spécialistes indiquent la marche à suivre.

La piste terroriste a été écartée par les forces de l’ordre le 30 octobre concernant l’attaque de la préfecture de police de Paris et celle de la mosquée de Bayonne. Pourtant, dans les deux cas, plusieurs médias ont parlé d’attentat.

Revenons sur ce qu’est un attentat terroriste. Le journaliste spécialisé sur la question à Mediapart, Matthieu Suc, se réfère à la définition déterminée par l’ONU en 2005:

«Tout acte commis dans l’intention de causer la mort ou des blessures graves à des civils ou à des non‐combattants, lorsque l’objectif de cet acte, par sa nature ou son contexte, est d’intimider une population ou de contraindre un gouvernement ou une organisation internationale à accomplir un acte ou à s’abstenir de le faire».

Une attaque terroriste a un but politique, religieux, idéologique, et vise à faire pression sur un groupe en particulier.

Dans le cas de l’attaque de la préfecture de police de Paris, plusieurs indices pouvaient faire croire à un acte terroriste. Pourtant, examinés par les enquêteurs, ils s’avéraient être de fausses pistes. «Les premiers jours, toutes les informations que sortaient certains journalistes étaient justes, mais pas complètement, indique Matthieu Suc. C’est cepas complètement” qui change la perception de l’affaire». De son côté, aucune source ne lui a parlé d’acte terroriste ou non. En réalité, les enquêteurs n’en avaient aucune idée. «Il suffit qu’un ou deux journalistes disent que c’est un attentat, avec les réseaux sociaux ça s’amplifie, et ça devient vérité du jour», ajoute‐t‐il.

Un exemple de cet emballement des journalistes est celui de la clé USB de l’assaillant, où ont été retrouvées des vidéos relatives à Daech. «Oui il y a des vidéos de l’État islamique, mais la clé n’est pas à son domicile, et on va découvrir par la suite que c’était dans le cadre de son activité professionnelle. Ça change complètement la donne».

Une terminologie délicate

Comme indiqué dans l’article du Parisien les termes «attentat» et «terroriste» sont majoritairement utilisés dans un contexte de lutte contre le djihadisme. Dans ce texte, le sociologue Farhad Khosrokhavar indique qu’il existe une «complaisance vis‐à‐vis des actes commis quand il ne s’agit pas d’islamistes radicaux».

Au contraire, le politologue François‐Bernard Huyghe pense que le terme est tout autant utilisé dans le cadre d’autres attaques, commises par l’extrême droite par exemple. Pourtant, nombreux sont les commentaires des internautes qui accusent les journalistes de cacher la réalité en ne qualifiant pas une attaque de terroriste ou d’attentat. C’est ce que vit régulièrement Matthieu Suc sur les réseaux sociaux.

Selon François‐Bernard Huyghe, c’est un exercice délicat pour les journalistes qui peuvent se faire accuser de complaisance s’ils ne parlent pas de terrorisme ou, au contraire, se ridiculiser s’ils lancent l’information trop vite. Il ajoute que la confusion est exacerbée depuis l’arrivée de Daech: les actes terroristes ne sont plus seulement perpétrés par des groupes organisés qui revendiquent les attentats, mais bien par des individus isolés. Cela peut prendre beaucoup plus de temps avant de savoir s’il s’agit bien d’un acte terroriste ou non.

L’important pour le journaliste de Mediapart est d’attendre les informations des sources officielles et de ne pas affirmer des choses que l’on ne sait pas. «Une ligne de conduite à adopter? Il y en a une toute bête: c’est relire la charte des journalistes, termine Matthieu Suc. On a tout un tas de devoirs et de responsabilités qui y sont exposés et je pense que tous les journalistes devraient faire l’exercice».

Léa Martin