Les Etats‐Unis reconnaissent le «génocide arménien»

La Chambre des représentants des Etats‐Unis reconnait formellement le génocide arménien. Ce vote symbolique et inédit a suscité la colère de la Turquie, mardi 29 octobre, au moment où les relations diplomatiques entre les deux pays sont déjà tendues.

Le Congrès de Washington reconnait, ce mardi 29 octobre, l’implication de la Turquie dans le massacre des Arméniens en 1915. Une résolution inédite appelant à «commémorer le génocide arménien», adoptée par 405 voix sur 435 et témoignant d’une rare union entre les camps démocrates et républicains. Le texte non‐contraignant appelle à «rejeter les tentatives (…) d’associer le gouvernement américain à la négation du génocide arménien».

En réponse, Ankara convoque ce mercredi 30 octobre, David Satterfield l’ambassadeur américain pour protester contre cette décision. Le ministère des Affaires étrangères turc réagit en «condamnant fortement» un «acte politique dénué de sens [ayant pour] seuls destinataires le lobby arménien et les groupes anti‐turcs». Le génocide arménien est reconnu par une trentaine de pays dont la France. Selon les estimations, entre 1,2 million et 1,5 million d’Arméniens ont été tués pendant la Première Guerre mondiale par les soldats de l’Empire ottoman. Mais la Turquie refuse l’utilisation du terme «génocide», évoquant des massacres réciproques sur fond de guerre civile.

Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian salue quant à lui ce «vote historique». Il estime que cette résolution est «un pas audacieux vers la vérité et la justice historique qui offre également un réconfort à des millions de descendants des survivants du génocide». Les Arméniens relativisent cependant la portée du vote américain, rappelant qu’il intervient au moment où les relations entre Ankara et Washington, traversent de fortes tensions. Souren Manoukian, historien du Musée du Génocide à Erevan, précise: «le génocide continue d’être un instrument politique, une carte à jouer entre les mains des puissances mondiales». Pour Stepan Adigyozalyan, professeur d’histoire d’origine arménienne de 28 ans, «les pays occidentaux sentent occasionnellement le besoin de jouer cette carte, pour changer de politique 6 mois après… C’est un vote de circonstances et pas de conviction mais c’est mieux que rien».

L’adoption de ce texte, le jour de la fête nationale turque, intervient au moment où le président Donald Trump durcit le ton et autorise les sanctions contre l’offensive d’Ankara sur les troupes Kurdes en Syrie.

Emma Ruffenach