À la Paris Games Week, le handicap n’est pas un frein

Pour la deuxième année consécutive,  la Paris Games Week met un coup de projecteur sur les joueurs en situation de handicap: un espace de 160m2 leur est réservé.

Il est à peine neuf heures. À l’entrée du parc des expositions porte de Versailles, la queue est déjà longue. À l’intérieur, les plus matinaux ont déjà pris place devant les consoles. Dans une aile du hall 2, on joue différemment. Ici, pas besoin de ses mains, ni même de ses yeux. Le menton, les coudes, les pieds ou encore les tablettes à braille permettent de manier les « manettes » à la perfection. 

Cette façon peu anodine de jouer aux jeux vidéo ne passe par inaperçue à la Paris Games Week. Les passants sont nombreux à scruter avec admiration ces consoles qui revêtent une apparence nouvelle, voir futuriste. «Mec, viens voir ça, le monsieur joue avec une manette du futur», lâche un jeune en apercevant une tablette en braille.

Le salon du jeu vidéo a souhaité dédier un stand entier aux personnes en situation de handicap moteur, visuel, ou auditif. C’est l’espace «Jouez comme vous êtes» de La Paris Games Week. Un accueil en langue des signes est assuré, afin de permettre à chacun d’échanger autour de sa passion du jeu vidéo. 

Des joueurs comme les autres

Sur ce stand, on retrouve Davsnot, un joueur professionnel de 27 ans. L’homme a déjà participé à 500 tournois, et arbore fièrement le maillot bordeaux de son équipe. Davsnot est tombé jeune dans l’univers des jeux vidéos. D’apparence, rien ne le différencie des autres joueurs professionnel. À l’exception qu’il est atteint d’une maladie incurable : il est déficient visuel. «Je ne veux pas que mes adversaires prennent de gants avec moi. Je veux leur prouver que je peux les battre sur leur terrain, malgré mon handicap», argue avec assurance le joueur de Street Fighter 5.

Le monde du jeu vidéo n’est pas épargné par les discriminations, et Davsnot en a fait les frais. «Je ne savais pas m’exprimer sur les réseaux sociaux. Depuis, j’ai appris et je suis bien plus professionnel», explique le joueur. Il compte désormais près de 1.000 followers sur Twitter. «J’ai envie de dire à ces jeunes qui sont handicapés et qui veulent se lancer, de ne pas hésiter», poursuit‐il. Il s’apprête  à affronter des joueurs qui ne sont pas atteints de sa maladie. Prochaine étape, il l’espère : les Jeux Olympiques.

Davsnot est aussi l’ambassadeur du jeu de rôle multijoueur Dragonium, gratuit et accessible aux déficients visuels. Son fondateur, Ludovic Ressegand‐Valande, explique que son objectif était de créer un jeu où voyants et aveugles peuvent jouer sur la même interface graphique, sans distinction de handicap. Les personnes aveugles se servent d’un système de synthèse vocale qui permet de traduire ce qu’il se passe à l’écran, ou bien de plages brailles. Sur les 250 joueurs actifs de Dragonium, environ 30% sont déficients visuels. Ludovic espère aujourd’hui convaincre de nouveaux malvoyants à tester son interface.

Sensibiliser au handicap

D’autres associations présentes dans l’espace, telles que CapGame, Accessijeux, Handicaper ou My Human Kit, ont le même objectif. Offrir des solutions de gaming aux personnes en situation de handicap, tout en sensibilisant le grand public. 

Le succès est au rendez‐vous. Sur certaines animations, les enfants se chamaillent pour prendre les commandes des consoles. Lénael, 12 ans, joue à un jeu de voiture à l’aide de son menton. Le sourire ne le quitte pas. « Ça fait mal au menton ! », plaisante le petit garçon, avant d’ajouter que cela lui a beaucoup plu. Pour son petite frère, c’est toute une technique à acquérir. «C’est compliqué, ça ne tourne pas vite, il faut beaucoup s’entraîner. Mais je trouve ça super que les autres enfants puissent jouer malgré leur handicap», s’enthousiasme-t-il.

Le pari de la Games Week semble gagné : le stand est envahi par la foule, au point que certains individus en chaise roulante rencontrent des difficultés à circuler dans les allées qui leurs sont réservées.

Celia Sommer