Halloween : notre sélection de films à voir ou à revoir

Le CFJ a retenu cinq films qui méritent d’être vus ou revus, pour une soirée d’Halloween réussie. Hémoglobines, humour, zombie, thriller … tour d’horizon des films qui ont retenu notre attention.

Halloween n’a plus la côte en France. À l’inverse des États‐Unis ou du Canada, les enfants courant dans les rues déguisés en créateurs maléfiques ne sont pas légion dans l’hexagone. Pour la tradition, nous repasserons. Mais le 31 octobre peut également être l’occasion de voir, ou de revoir, quelques uns des meilleurs films du genre, avant un jour férié bien mérité. Si ces dernières années les Blockbusters type Annabel ou Insidious ont peu convaincu, le cinéma d’horreur sait faire preuve de talent, autant sur la photographie que sur la mise en scène. Pour vous, le CFJ a sélectionné cinq films. Adieu les Shining, Halloween, Freddy contre Jason et Le cavalier sans tête. Notre cru 2019 met en avant des œuvres moins populaires, qui déstabilisent le spectateur et, surtout, ne le laissent pas sur sa faim.

1. Martyr (2008/ FR — Canada)

Une pépite franco‐canadienne. Réalisé par Pascal Laugier, à qui l’on doit notamment Le Pacte des Loups, Ghost Land et Saint Ange, Martyr n’est pas apprécié à sa juste valeur. À sa sortie, le film est assassiné par les critiques et par les spectateurs. Une polémique éclate avant même sa sortie en salle: le film est interdit au moins de 18 ans par la Commission de Classification du CNC (Centre National de la Cinématographie), ce qui met en péril son équilibre économique. Les salles obscures françaises étaient réticentes à l’idée de projeter un long métrage interdit aux mineurs. L’oeuvre ira jusqu’à être examinée par un collectif de 27 experts du ministère de la Culture. Ils votent à 14 voix contre 12 la levée de l’interdiction au moins de 18 ans, mais précisent : “Ce film inflige des images extrêmement éprouvantes exposant le supplice d’une jeune femme. Sa vision comme son interprétation requièrent des spectateurs préparés et distancés.” 

Martyr est un film en trois actes. L’histoire se passe en France, au début des années 1970. Le film débute sur une mise en scène terrible. Une jeune fille prénommée Lucie (Mylène Jampanoï) est enchaînée à une chaise au milieu d’une pièce sombre. Elle réussit a se libérer après avoir été séquestrée et torturée. Recueillie dans un orphelinat elle est sujette à des visions cauchemardesques qui altèrent sa perception de la réalité. Devenue adulte, elle se met en tête de retrouver ses bourreaux avec son amie Anna (Morjana Alaoui). Attention spoiler: cette quête sera menée à bien dès la première demi‐heure de film. Et c’est à ce moment‐là que l’histoire commence. Le génie de Pascal Laugier a été de faire cohabiter plusieurs ambiances. Martyr oscille entre film d’horreur pur et film de pression psychologique. Il ne laisse aucun répit au spectateur. La caméra subjective nous entraîne dans les abysses d’un délire malsain, sur fond de questions religieuses. Impossible d’en ressortir indemne.

 

2. Les autres (2001 / US, FR, ITAL,ESP)

Nicole Kidman est la pièce maîtresse du film d’Alejandro Amenábar. Sept Goyas lui ont été attribués et pas des moindres. Goya du meilleur film, du meilleur réalisateur, du meilleur scénario original, de la meilleure photographie, des meilleurs décors et du meilleur son. The Others (Les Autres pour la version française) mérite amplement sa place dans notre sélection. Près de 20 ans après sa sortie, malgré quelques rides, Les Autres reste une véritable bombe visuelle, un poème de l’instinct de mort, anxiogène à souhait, souvent copié mais jamais égalé.

L’histoire se déroule en 1945. Une jeune femme et ses deux enfants s’installent dans une immense bâtisse victorienne isolée sur l’île de Jersey, au large de la Normandie. Grace (Nicole Kidman) doit éduquer seule Anne et Nicholas. Son mari se trouve toujours le front. Les enfants sont atteint d’un mal étrange, ils ne doivent en aucun cas être exposés à la lumière du jour. La famille vit donc recluse dans un manoir, entourée d’un épais brouillard. Le décor est planté. Un jour, l’un des domestiques de la maison déroge aux règles et laisse une porte ouverte. Tous devront en subir les conséquences.

Tous les ingrédients sont réunis pour faire de ce film une oeuvre qui prend aux tripes. Nicole Kidman est à la fois mystérieuse et glaciale dans son jeu d’acteur. Le décor est épuré, à la limite du huit clos. Les silences sont le ciment de ce film : omniprésents durant 1h45, ils créent une atmosphère pesante dont il est difficile de s’extraire. Et, surtout, Les Autres réussit le tour de force de nous faire frissonner en nous en montrant peu. Pas d’effusion de sang ni de corps mutilés. Tout se passe dans la tête du spectateur, qui se perd dans la psychologie des différents personnages. Une sobriété qui donne du corps et de l’assurance au thriller d’Alejandro Amenábar.

 

3. L’armée des morts (2004/ US,Canada, FR)

Impossible de passer à côté de ce film de zombie. Dawn of the dead, réalisé par Zack Snyder (Watchmen : les gardiens, Man of Steel, Justice League), est un remake du film Zombie du réalisateur George A. Romero, précurseur dans le domaine des films de morts‐vivants. Le zombie est devenu plus que populaire ces dernières années, comme en témoigne le succès des premières saisons de The Walking Dead. Mais dans l’armée des morts, les zombies ne déambulent pas tels des fêtards sous kétamine. Ils courent plus vite qu’Usain Bolt, avec un appétit insatiable pour la chair humaine.

L’action se déroule dans une banlieue des États‐Unis. La vie d’Ana, une jeune infirmière incarnée par Sarah Poley, bascule quand un beau matin, sa fille, infectée par un virus inconnu, se jette sur son père et lui arrache la gorge avec les dents. Les vingts premières minutes du film sont consacrées à la traditionnelle fuite du personnage. Objectif : trouver un endroit pour se réfugier et vite. Ana se retrouve dans un centre commercial, entourée d’autres survivants. Tous vont tenter de rester en vie, en protégeant leur forteresse commerciale. La critique de la société de consommation est présente directement dans l’image que renvoie le centre commercial. Pour l’anecdote, toutes les marques présentes dans le film sont fausses, et ont été inventées pour le tournage. Aucune grande enseigne n’a souhaité voir ses panneaux publicitaires recouverts d’hémoglobines.

Comme dans beaucoup de films du genre, ce qui compte ce n’est pas la fin mais l’évolution du parcours des personnages, confrontés à une situation de survie à laquelle personne n’est préparé. En bonus, le titre de Johnny Cash “When the mens comes around”, qui fait référence au jugement dernier, fait partie de la bande originale du film. Pour le plus grand plaisir de vos oreilles.

4. Shaun of the dead (2005/ Britannique, FR)

On reste dans la thématique zombie pour ce quatrième film de notre sélection avec un ton cette fois beaucoup plus humoristique. Car oui, on peut faire un film de morts‐vivants et faire de l’humour. C’est exactement ce qu’a fait le réalisateur Edgard Whrigt à l’aide du duo tonitruant Simon Pegg et Nick Frost, que l’on retrouve avec plaisir en 2011 dans le film Paul.

Shaun (Simon Pegg) est un trentenaire paumé. Accompagné de son ami Ed (Nick Frost), ils mènent une vie de geek attardés dans un petit appartement. Mais sa rupture avec sa petite amie, Lise, lui fait l’effet d’un électrochoc : il veut tout faire pour la reconquérir. Seulement, entre temps, une horde de zombie se déverse sur leur petite ville. Shaun n’a qu’une idée en tête: accompagné d’Ed, il veut retrouver son ex copine, sa mère et son beau père pour les emmener au Winchester, un pub dans lequel il est certain que tous seront en sécurité pour survivre à cet apocalypse.

Le film est un délice qui mêle humour noir anglais et comique de situation. Le film est bourré de références aux œuvres qu’il caricature, notamment les films de Romero (le Winchester ressemble au huit clos utilisé dans les films de George A. Romero). Et, surtout, Shaun of the Dead réussit à garder un rythme effréné du début à la fin. À voir accompagné d’une bonne bière pour conserver l’esprit british.

5. Sheïtan (2006 / FR)

Comment dire. En un mot ? Dantesque. Sheïtan vous fera vivre les sept cercles de l’enfer en compagnie de Vincent Cassel. Le film est le premier long métrage de Kim Chapiron, l’un des créateurs, avec Romain Gavras, du collectif Kourtrajmet. Le film est un succès : acheté dans près de 30 pays, il décroche la projection de clôture du Midnight Madness, au Festival international du film de Toronto en 2005. L’ambiance du film est malsaine. À la veille de noël, une bande de jeune rencontre dans une boîte de nuit parisienne une jeune fille, Eve, qui les invite a terminer la nuit chez elle dans la campagne. La petite excursion tourne vite au vinaigre, lorsque Eve présente ses nouveaux amis au membres de son villages.

Sheïtan n’est pas un film d’horreur au sens propre. C’est un ovni cinématographique qui alterne humour très noir, comique de situation déstabilisant et passages angoissants sur fond de shoots d’adrénaline. Le film détourne les codes des films d’horreur et de série B, tout en trouvant son propre équilibre. Kim Chapiron joue sur les stéréotypes pour nourrir les caractères de ses personnages. Clichés sur les jeunes de banlieue, sur la France profonde… Tout le monde en prend pour son grade. Vincent Cassel est méconnaissable. Impossible d’en dire plus sans aborder les questions de fond qui font le socle de Sheïtan, mais si vous recherchez un film décalé pour Halloween, inutile de chercher plus loin.