Le Chili en proie aux violences policières

Tirs à balles réelles, violences sexuelles, soupçons de torture, les organisations de défense des droits de l’Homme alertent sur la situation chilienne.

Un mouvement social sans précédent agite le Chili depuis deux semaines pour protester contre les inégalités sociales, qui s’est traduit mercredi 30 octobre par l’annulation de la COP 25 et du sommet de coopération économique pour l’Asie-Pacifique, qui devaient tous deux se tenir à Santiago du Chili.

Selon l’Institut National des Droits de l’Homme (INDH), organisme public chilien qui recense les cas de violences, au moins cinq personnes ont été tuées par des policiers et militaires chiliens lors de manifestations.

«Personnes tuées par des agents de l’Etat»

Des sources plus informelles parlent d’une cinquantaine de décès depuis le début de la protestation, sans qu’il ne soit pour l’instant possible de confirmer ces chiffres, ni de les imputer aux forces de l’ordre.

Le dernier rapport de l’INDH décompte 18 plaintes pour violences sexuelles et 120 plaintes pour des cas de tortures.

L’un des faits marquants s’est déroulé dans une station de métro du centre‐ville de Santiago, Baquedano. Ils auraient eu lieu lundi 21 octobre envers quatre personnes, dont un mineur. Elles dénoncent avoir subi de la torture et une «crucifixion»: elles auraient été suspendues à leurs menottes pendant qu’elles subissaient des coups et des jets de gaz poivré.

Le mouvement d’intégration et libération homosexuelle (MOVILH) a lui dénoncé deux cas d’«abus et actes de torture homophobes» dans deux commissariats de la banlieue de Santiago.

Face à ces événements, Amnesty International a envoyé une mission d’enquête pour «recueillir les témoignages et obtenir des documents pour corroborer les accusations de violations des droits de l’Homme et possibles crimes de droit international afin d’accompagner les victimes», a annoncé Erika Guevara Rosas, la directrice du pôle américain de l’organisation.

La Haute‐Commissaire aux droits de l’Homme de l’ONU Michelle Bachelet, aussi présidente du Chili de 2006 à 2010 puis de 2014 à 2018, a annoncé l’envoi d’enquêteurs: «Après avoir suivi la crise au Chili depuis le début, j’ai décidé d’envoyer une mission de vérification pour examiner les allégations de violations des droits de l’Homme.»

Survenue en réponse à une hausse du prix du ticket de métro à Santiago du Chili de 30 pesos chiliens, soit environ 3 centimes d’euros, la protestation s’est généralisée à l’ensemble des problèmes sociaux que connaît le pays.

Le Chili, pays le plus riche d’Amérique du Sud, est aussi le plus inégalitaire : en 2013, une étude du Centre d’Investigation des Journalistes (CIPER) révèle que 1% de la population concentre 30% des revenus de pays. Plus encore, les 0,01% les plus riches, soit environ 300 familles, possèdent 10% de la richesse totale.

 

Clara De Antoni