Pour les banlieues de Seine‐Saint‐Denis: «les mesures du gouvernement ne changeront rien»

Jeudi 31 octobre, le premier ministre Édouard Philippe se rendait à Bobigny pour annoncer une série de mesures à appliquer en Seine‐Saint‐Denis, département le plus pauvre de France métropolitaine. Mais pour les habitants d’Aubervilliers, ces mesures ne traitent pas la source du problème : la stigmatisation des banlieues.

A l’annonce des mesures prisent par le gouvernement, les rires fusent. Les injures aussi. Au café Le campus d’Aubervilliers, à quelques mètres de la cité des 4000 — où l’affrontement de bandes rivales a causé la mort d’un jeune de 16 ans en 2015 — l’incompréhension règne. «Je suis née à la Courneuve, j’ai grandit à la Courneuve, et ça fait 45 ans que c’est pareil, commence Aboubakar, campé au bout du zinc. Ce n’est pas des petites mesures comme celles‐ci qui vont changer quelque chose».

Ce matin à Bobigny, la cité voisine, le Premier ministre Édouard Philippe est venu dévoiler les 23 mesures prisent pour la Seine‐Saint‐Denis, département le plus pauvre de France. Parmi elles: le recrutement de 150 policiers supplémentaires et la rénovation de plusieurs commissariats, à l’heure où trois adolescents sont morts dans des rivalités de quartiers cette année. «Mettre des policiers en plus, c’est faire grossir leur politique de répression, lâche Mahfaut, le patron du bar. Nos jeunes, ils ont besoin de respect, d’avenir, et d’espoir». 

Les jeunes de cité victimes «d’un ennui profond»

Derrière le comptoir, Pierre, un homme de 43 ans avoue refuser de faire des enfants. Car ici, la jeunesse est victime d’un «ennui profond». Alors elle s’occupe par des «jeux de pouvoir», qui entraînent de «la violence». Dans le coin du bar, la télé est éteinte depuis plusieurs mois : «Ils passent leur temps à nous répéter que les cités sont pleines de violence. On stigmatise un département entier pour les conneries d’une poignée de jeunes. A cause de ça, on connaît une discrimination à l’emploi. Sur ton CV, c’est fini pour toi s’il y a marqué Aubervilliers». Le mois dernier, la maire de la ville, Meriam Derkaoui, portait justement plainte contre l’État pour «rupture d’égalité républicaine», dénonçant un traitement différencié des habitants de son département.

Des professeurs qui restent en moyenne 2,7 ans dans le département

Kamel, lui, a décidé de scolariser ses deux fils de 15 et 17 ans dans les Yvelines, un département «moins bétonné», avec des professeurs «de meilleure qualité». Le père de famille regrette un abandon de l’effort étatique dans l’éducation : «Ici, il n’y a pas un prof au dessus de 30 ans. Ils partent tous au bout de quelques années, voire quelques mois, parce que les conditions sont trop difficiles». Ce matin, le gouvernement annonçait justement attribuer «une prime de fidélisation» de 10 000 euros aux fonctionnaires passant plus de cinq ans dans le département. En Seine‐Saint‐Denis, les agents du ministère de l’Intérieur restent en moyenne 2,7 ans, contre 7 ans dans l’Essonne.

Mais pour la poignée d’hommes présents au café, qu’importe les efforts fournis par le gouvernement: la faute lui revient entièrement. «Entretenir des débats futiles sur le voile et la violence d’une poignée de jeunes, c’est nous stigmatiser et éviter de traiter le problème à la source. Le message qu’on veut faire passer, c’est qu’en banlieue, nous restons des gens accueillants et heureux».