Pour les «Brits» installés en France, «le Brexit comme seul horizon» 

À un mois et demi des élections législatives anticipées, les Britanniques en France redoublent d’effort pour suivre la politique d’Outre-Manche. Malgré une exaspération palpable autour du Brexit.

Derrière les tasses que Kirsty empile avant le service du matin, un drapeau britannique imprimé sur une feuille A4 est accroché au mur. Cette Écossaise est installée à Paris depuis plusieurs mois. Dans le café où elle travaille, la serveuse assure «parler de tout ça tous les jours» avec ses collègues. « Tout ça » c’est, bien sûr le climat politique délétère qui mine le pays de l’Union Jack depuis trois ans, depuis le référendum qui scellait sa sortie de l’Union européenne (UE). «Je suis opposée au Brexit depuis le début, mais là le plus incroyable ce sont ces élections anticipées…», lâche‐t‐elle dans un soupire. Poussés par le Premier ministre Boris Johnson, les députés britanniques ont validés, mardi 29 octobre, la tenue d’élections législatives anticipées le 12 décembre prochain. La veille, on apprenait le report de la sortie de la Grande‐Bretagne de l’Union européenne au 31 janvier 2020. Le Brexit, déjà reculé à plusieurs reprise, devait se tenir le 31 octobre. Kirsty se dit fatiguée de toutes ces échéances: «Nous n’avons absolument pas besoin d’élections anticipées, ce n’est qu’un écran de fumée pour distraire les gens. Je ne pense pas qu’il y ait un Britannique qui tenait à retourner aux urnes pour autre chose que revoter le Brexit.»

«Un vote de la dernière chance»

Comme de nombreux «Brits» installés à l’étranger, Kirsty s’estime sous‐représentée. «Je viens de m’inscrire sur les listes électorales pour voter par procuration le 12 décembre, c’est indispensable pour faire entendre notre voix», veut‐elle croire sans entrain. Joshy Haywood compte lui aussi voter par procuration dans quelques semaines. Il voit dans les élections anticipées «la dernière chance de pouvoir envoyer le Brexit aux oubliettes». Ce thésard de 27 ans, originaire des Midlands anglais, suit activement la presse britannique à distance. «Il n’y avait pas d’autres solutions que d’organiser un nouveau vote. Mais j’ai peur que ces élections ne créent plus de problème qu’elle n’en résoudront», explique‐t‐il par téléphone.

Installé en France depuis cinq ans, il porte un regard assez sombre sur les débats qui divisent la Grande‐Bretagne depuis trois ans. «La politique britannique a toujours été volatile mais à ce point c’est du jamais vu. Avant le Brexit, les antagonismes entre les partis étaient subtils. Aujourd’hui, j’ai peur que le Royaume‐Uni ne se fracture complètement, c’est du jamais vu». «Remainer» (qui a voté pour rester dans l’UE en juin 2016, ndlr) comme la plupart des Britanniques expatriés, Joshy aurait bien voulu participer aux grandes manifestations organisées régulièrement à Londres pour demander un second référendum. «Je les vis à travers les yeux de ma sœur, qui y habite toujours», regrette‐t‐il.

Pour Kirsty comme vous Joshy, les tribulations de Westminster ne sont qu’une source d’embarras. «Tous les Français nous voient faire n’importe quoi depuis des années. Je comprends que ça soit insupportable pour les Européens de voir nos politiques leur demander ce qui est impossible : les avantages sans les inconvénients d’un départ de l’UE.», décrypte la trentenaire, les mains au fond des poches de son tablier. Et Joshy d’ajouter : «Je suis saoulé qu’on me parle du Brexit à tout bout de champ, mais nous sommes rentrés dans un processus presque irréversible, où la sortie est devenue le seul horizon».