Quel prix pour le Goncourt ?

À quatre jours de l’annonce du lauréat du prestigieux prix Goncourt, Bernard Pivot, président du jury de l’Académie et figure incontournable de la littérature française, revient sur la plus‐value pour les auteurs d’obtenir «un Goncourt». 

Entre le prix de l’Académie Française, le Femina, le Renaudot, le Médicis, l’Interallié et le Goncourt, c’est la «Valse à mille temps» dans le bal des prix littéraires. Que signifie recevoir le prix Goncourt, cent ans après À l’ombre des jeunes filles en fleurs de Marcel Proust ? L’écrivain et amoureux des mots Bernard Pivot, détaille la plus‐value dont jouissent les écrivains récompensés par le plus célèbre prix littéraire tricolore. 

À  l’instar des chevaliers du Roi Arthur, le jury de l’Académie Goncourt est attablé autour d’une table ronde. Après maintes délibérations, le nom est annoncé à l’heure du déjeuner, comme le dicte la tradition. «Et là, c’est la consécration», reconnaît Bernard Pivot. «Sur les vingt dernières années, les ventes des livres distingués s’échelonnent entre 200.000 et 400.000 ouvrages. Le jour de la remise du prix, l’Académie leur décerne solennellement un chèque — symbolique — de dix euros. Un clin d’oeil à leur futur triomphe littéraire». 

«Leur vie pratique, professionnelle et personnelle évolue conjointement à la notoriété acquise avec le prix» détaille le président du jury. «Certains poursuivent leur vie littéraire plus calmement, et leurs ouvrages suivants ne se vendent pas aussi bien que celui récompensé. D’autres, ne cessent de défrayer la chronique à chaque passage sur des plateaux de télévision, et le prix leur apporte une manne financière importante», précise Bernard Pivot.

Le Goncourt, «une manne financière agréable»

Recevoir «un Goncourt» est un formidable accélérateur de ventes pour les maisons d’édition. Une fois le livre primé, il est orné d’un bandeau rouge et s’arrache dans les librairies hexagonales. Estampillé Goncourt, le roman de Nicolas Mathieu Leurs enfants après eux s’est écoulé à près de 400.000 exemplaires. «Un tel tirage se transforme rapidement en un succès commercial de plus d’un million d’euros», ajoute Bernard Pivot. «Une manière agréable et appréciable de continuer leur vie littéraire», glisse‐t‐il d’un ton enjoué.

Président d’honneur depuis 2014 et «premier couvert» (le premier à donner son avis sur la sélection, ndlr) depuis quinze ans, l’ancien journaliste et animateur d’émissions littéraires ne cache pas que par le passé, la distinction a déjà provoqué des «émeutes littéraires». En 1919, Marcel Proust a été violemment brocardé pour ses «jeunes filles en fleurs», un ouvrage léger contrastant avec le traumatisme social, au lendemain de la Première Guerre mondiale. 

À quelques jours de l’annonce du lauréat, quatre finalistes sont en lice : Amélie Nothomb, Jean‐Luc Coatalem, Olivier Rolin et Jean‐Paul Dubois. Le 4 novembre, le nom du successeur de Nicolas Mathieu sera dévoilé au restaurant parisien Chez Drouant (2e arrondissement).

Silencieux sur son favori pour lundi, le président du jury confie toutefois que son Goncourt préféré reste Les Bienveillantes, de l’écrivain franco‐américain Jonathan Littell, distingué en 2006. «Pierre Lemaitre avec Au revoir là‐haut était aussi l’un des plus beaux romans que l’Académie a décoré» précise‐t‐il. Bernard Pivot insiste sur l’essence même du prix, entre exception et prestige: «cela n’arrive qu’une seule fois dans la vie d’un écrivain d’avoir ce prix et ce chèque de l’Académie». 

Un chèque relativement simple, de la Caisse d’Epargne, que certains auteurs vénèrent comme un diplôme d’une grande université. Tahar Ben Jeeloun, Goncourt en 1987 pour La Nuit sacrée, glissait au journal Le Point ses conseils aux futurs lauréats: «n’encaissez pas le chèque de dix euros, encadrez‐le et gardez‐le comme souvenir. Certains l’ont touché, ça fait mauvaise impression, encaisser un symbole !».

Emma Ruffenach