Twitter bannit les publicités politiques

Twitter ne diffusera plus de publicités politiques à partir du 22 novembre prochain, a annoncé le PDG du groupe, déclenchant par la même occasion une nouvelle bataille politique aux États‐Unis à l’approche des prochaines présidentielles.

«Nous pensons que la portée d’un message politique doit se mériter, pas s’acheter», a indiqué Jack Dorsey, le PDG du groupe Twitter, le 30 octobre. Il a décidé de bannir la publicité politique de son réseau social. Jack Dorsey pense que, compte tenu du pouvoir de la publicité sur internet, les risques pour la démocratie sont significatifs. Les publicités politiques peuvent affecter la vie de millions de gens.

«Payer pour augmenter la portée du discours politique a des conséquences importantes que l’infrastructure démocratique n’est peut‐être pas prête à gérer. Cela vaut la peine de prendre du recul pour l’aborder», a indiqué Jack Dorsey. Une position opposée à celle de Facebook, qui refusait le 8 octobre dernier de bannir une publicité politique controversée. Le contenu, créé par l’équipe de campagne de Donald Trump, candidat à sa réélection, vise son rival, Joe Biden, sur la base d’informations contestées.

La plateforme de Marc Zuckerberg, qui est soupçonnée d’avoir servi de relais à la propagande russe lors de la campagne présidentielle américaine de 2016, se refuse à vérifier l’exactitude des contenus publicitaires conçus par des personnalités politiques.

Pour le PDG de Facebook, le rôle d’une entreprise privée n’est pas de censurer les politiciens ou les médias. Il ajoute que les publicités peuvent être un moyen d’expression utile à ceux que la presse ne couvre pas assez.«Il est difficile de tracer une limite, fait‐il remarquer sur son compte Facebook. Devrions‐nous vraiment bloquer les publicités concernant des sujets politiques majeurs comme le changement climatique ou l’émancipation des femmes?»

Un choix controversé à quelques mois des élections américaines

Le choix de Twitter divise la scène politique américaine et polarise le débat. Nina Jankowicz, spécialiste de la désinformation, considère que que l’interdiction ne doit pas se limiter aux États‐Unis. «Ces entreprises profitent trop souvent d’une ignorance feinte sur les conséquences de leurs politiques à l’étranger», a‐t‐elle indiqué à l’AFP.

Pour Jasmine Enberg, analyste en marketing numérique, les effets du bannissement seront difficiles à évaluer, la publicité politique n’étant pas une activité majeure de Twitter. Selon la professeure à l’université de Syracuse, Jennifer Grygiel, «Twitter a promis beaucoup de choses dans le passé qui n’ont pas été tenues (…) Nous devrons attendre pour voir à quel point la nouvelle politique est efficace».

Entre Démocrates et Républicains, l’interdiction fait également débat. La décision a été applaudie par Alexandria Occasio‐Cortez, jeune élue démocrate du Congrès américain. «Interdire la désinformation sponsorisée est l’une des décisions les plus élémentaire et éthique qu’une entreprise puisse prendre», a‐t‐elle déclaré sur Twitter.

Brad Parscale, le directeur de campagne de Donald Trump, déplore quant à lui «des centaines de milliers de dollars de perdus». Brad Parscale dénonce «une nouvelle tentative de réduire au silence les conservateurs, car Twitter sait que le président Trump dispose du programme en ligne le plus sophistiqué jamais connu». Le ton est donné.

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