«Block Friday» à La Défense : «Vous énervez beaucoup trop de monde»

Pour protester contre le "Black Friday", quelques centaines de militants écologistes ont manifesté dans le centre commercial Les quatre temps à La Défense. Leurs blocages ont suscité des tensions avec les clients.

Tout d’un coup, trois chaînes humaines bloquent les allées au milieu des boutiques du niveau 1 du centre commercial Les quatre temps (La Défense, 92). Vers 11 heures ce vendredi, quelques centaines de militants écologistes, assis ou debout, bras dessus, bras dessous, provoquent la fermeture des rideaux des magasins alentours. Comme d’autres en France, ils protestent contre le Black Friday, ce jour de promotions à grands coups de publicité, et la société de consommation qu’il représente.

«  Pollue, consomme, et ferme ta gueule ! C’est ça, le message, qu’on donne aux jeunes ! », crient ces jeunes manifestants de Youth for Climate, mouvement né en 2018 qui organise grèves scolaires et manifestations contre le réchauffement climatique et l’inaction politique. Le groupe Extinction Rebellion (XR) participe aussi à ce « Block Friday ». Les militants se divisent en plusieurs rôles : bloqueur, médiactiviste et peacekeeper. Les premiers bloquent, les deuxième filment pour les réseaux sociaux, les troisièmes veillent à ce qu’il n’y ait aucun débordement et expliquent la démarche aux passants. Malgré les peacekeeper, le climat se tend rapidement entre les bloqueurs et les clients du centre commercial. Les insultes fusent, les bousculades sont fréquentes.

Si quelques uns les félicitent, se marrent ou sortent leur portable pour filmer la scène, beaucoup s’énervent et tentent de forcer le passage. Un trentenaire avec des AirPods dans les oreilles pousse les manifestants sans ménagement. Les jeunes résistent, le ton monte. Plus tard, la même scène, plus violente encore. Un gars s’échauffe, renverse une poubelle, fonce dans la chaîne humaine. Cinq policiers passent sur le côté de la chaîne, un militant les prévient — « risque de bagarre à gauche, quelqu’un s’emporte ! ». L’un d’entre eux répond : « non, non, on n’intervient pas. »

La chaîne humaine avance. Un militant à la barbe noire et longue, un sac à dos « XR » sur les épaules, invite les clients à faire demi‐tour. « C’est pour votre fille aussi, monsieur », argue‐t‐il face à un père qui porte un bébé de quelques mois dans les bras. Les rideaux de fer des magasins se ferment à mesure que les militants avancent. Vendeurs et clients observent la scène de l’intérieur.

“Tout ça pour quoi ?”

Soatiana, Annabelle et Lisa, étudiantes en droit venues faire leurs courses de Noël, sont sceptiques face aux blocages. « Ça ne sert à rien, personne ne prend le temps de comprendre ce qu’ils font de toute façon. » Quelques groupes de jeunes bloquent des escalators, arrêtés pour éviter tout accident. Une dame d’une quarantaine d’années aux cheveux longs, élégante, des sacs de course plein les bras, fonce dans le tas mais ne passe pas pour autant. Elle les engueule, s’écrie « mais vous êtes fous ! », repart à la charge. Une gamine manque de tomber. « Les gens s’en foutent et on n’est pas assez », lâche une autre, la gorge nouée. « Je suis hyper déçu de voir des gens pousser et donner des coups pour passer, confie Léo, un des médiactivistes. Tout ça pour quoi ? Pour acheter des fringues. » Il dit avoir ressenti « beaucoup de colère ».

A quelques mètres de là, Rodrigue, Koro et Malkolm ont interrompu leurs courses pour discuter longuement avec Théo, de Youth for Climate. « On vient faire nos courses aujourd’hui parce que ça nous coûte moins cher. Plein de personnes n’ont pas les moyens les autres jours », explique Koro, étudiante. « Mais a‐t‐on vraiment besoin de tout ça ? Nous, on se bat aussi contre l’exploitation d’une main d’œuvre sous‐payée en Afrique et en Asie », répond le jeune activiste. « On est d’accord sur le fond, mais pas sur la forme », tranche Malkolm. Curieux, il interroge Théo : « Comment vous est venue cette envie d’agir aussi radicalement ? » « Je me suis beaucoup informé, j’ai lu, encore et encore. » Les trois étudiants soupirent. « Vous énervez beaucoup trop de monde », regrette Rodrigue en montrant du regard un des points de blocage.