Extinction Rebellion : un mouvement radical… mais non‐violent

Aujourd’hui, le mouvement créé au Royaume-Uni participera aux côtés de Youth For Climate au “Block Friday”. Retour sur un mode d'action qui soulève autant de soutiens que de critiques… et que d’interrogations.

Un drapeau vert, frappé d’un “X” dans un cercle. Ce drapeau, les militants écologistes ont appris à le connaître depuis 2018 et la création du mouvement Extinction Rebellion. Les 100 000 membres dont 8000 en France, selon RFI, de ce collectif sans tête ni visage sont de tous les combats. Aujourd’hui, ils manifestent aux côtés de l’organisation Youth for Climate, au sein du “Block Friday”, une grève mondiale pour le climat et contre le Black Friday, “journée de soldes intensives et de dépenses inutiles”, selon les organisations à l’origine de la grève.

Ecolo et non‐violent

Extinction Rebellion, né au Royaume‐Uni, s’est rapidement imposé comme un acteur incontournable de la lutte écologiste. Il affiche clairement ses revendications : une meilleure communication des autorités sur l’urgence de la crise environnementale ; des mesures visant à réduire immédiatement les émissions de gaz à effet de serre, dans l’optique d’une neutralité carbone à l’horizon 2025 ; l’arrêt des activités humaines responsables de la destruction des écosystèmes… Un cahier des charges radical, mais somme toute classique.

En à peine deux ans d’existence, dont un en France, “XR” (le surnom d’Extinction Rebellion), a pourtant su se faire remarquer. D’abord, par ses modes d’actions : adepte des thèses du philosophe Henry David Thoreau, de celles de Mahatma Gandhi, le mouvement se revendique non‐violent. En octobre dernier, des activistes avaient par exemple occupé le centre commercial Italie 2, puis la Place du Châtelet et le Pont au Change, le tout pacifiquement, en ne laissant derrière eux que quelques graffitis hostiles à la police. 

Radical dans les mots, modéré dans la rue

Police avec laquelle les relations d’XR n’ont jamais été au beau fixe. Le 28 juin 2019, à Paris, un blocage pacifique du pont de Sully est réprimé par la police. L’activiste suédoise Greta Thunberg diffuse alors des images de gaz lacrymogènes projetés au visage de manifestants assis. Les réactions indignées ne se font pas attendre, et le réalisateur Cyril Dion refuse quelques jours plus tard la légion d’honneur du fait des répressions policières contre le mouvement, qu’il juge disproportionnées. Récemment, la maire de Paris, Anne Hidalgo, a apporté son soutien aux militants d’XR, “dès lors que [leurs actions] sont non‐violentes.”

Radical dans les mots, modéré dans la rue, Extinction Rebellion intrigue. D’autant plus qu’à l’instar du mouvement des Gilets jaunes, XR n’a pas de tête : ni chef, ni hiérarchie. Toujours comme chez les Gilets jaunes, les porte‐paroles du mouvement sont multiples et varient selon les événements. A la presse, les “rebelles” (les membres d’XR) prennent soin de ne pas donner de nom, ou d’user de pseudonymes : tous refusent de devenir la figure médiatique attitrée du groupe.  

Un mouvement “trop radical” pour améliorer les choses ?

Une pudeur qui n’épargne pas aux XR les critiques, venues de tous les coins de l’échiquier politique. L’ancienne ministre de l’Environnement Ségolène Royal juge le mouvement “violent” alors que le député France Insoumise Andrien Quatennens le considère « pétri de contradictions ». Daniel Boy, directeur de recherches émérite au CEVIPOF, explique dans une tribune au Monde l’émergence des “rebelles” par “le sentiment d’impuissance d’une fraction du public, et notamment des classes d’âge les plus jeunes”, mais tacle leurs revendications, “trop radicales en tout cas pour ouvrir la voie à une quelconque négociation politique”

Jean‐David Abel, vice‐président de France Nature Environnement, s’est inquiété au micro de FranceInfo de l’absence d’avancées concrètes obtenues par XR. “Il n’y a jamais rien qui ait marché avec des gens qui disent juste : ‘Je veux, je veux, j’aime pas, j’aime pas.’ ”, alerte‐t‐il. Extinction Rebellion, par ses actions ultra‐médiatiques, incarne un cri d’alarme écologique pour le moment sans grands résultats.