Plus de PrEP, moins de capotes

Vraie révolution dans la prévention contre le VIH, la PrEP permet d’éviter une contamination dans presque 100% des cas, mais montre une autre réalité : les utilisateurs ont tendance à moins se protéger qu’avant…

A quelques jours du 1er décembre, journée nationale de lutte contre le Sida, l’Agence du médicament (ANSM) a publié des chiffres sur l’utilisation de la prophylaxie pré‐exposition ou PrEP, un traitement préventif pour éviter une contamination au VIH.

Ce médicament s’adresse aux personnes qui n’ont pas le virus du Sida. Il faut alors prendre une pilule — le Truvada du laboratoire Gilead ou ses génériques — pour éviter la contamination. Une stratégie préventive quasiment efficace à 100%, une révolution dans la prévention contre le Sida. D’autant plus que le traitement est généralement bien toléré, malgré des effets secondaires toujours possibles.

« Le plus grave ne peut plus m’arriver »

En France, 20 000 personnes sont sous PrEP. Antoine*, 23 ans, prend le traitement depuis mars 2019. « Je me rendais bien compte que mes pratiques sexuelles n’étaient pas très safe, et que je faisais un peu l’autruche ».

A chaque prescription, une prise de sang pour savoir si la personne supporte le médicament est effectuée, mais aussi des tests de détection du Sida et autres infections sexuellement transmissibles. D’abord tous les mois, puis tous les trois mois quand les ordonnances s’espacent.  Le jeune homme est suivi à l’hôpital Saint Louis à Paris. « C’est vrai qu’autrement, je n’aurais jamais de tests. Je n’en avais jamais fait avant de prendre la PrEP », admet Antoine. 

« Sur Grindr — une application de rencontre destinée aux hommes homosexuels — il y a une catégorie “Statut VIH“ à remplir sur son profil. On met soit “oui“, soit “non“, soit “sous PrEP“. Le soucis c’est que ça créé un autre phénomène, on a tendance à se dire que ce n’est pas la peine de se protéger comme la personne prend la PrEP », explique le jeune homme. « C’est vrai que je me protège moins qu’avant. J’ai l’impression que le plus grave ne peut plus m’arriver donc tant pis ». 

Un constat partagé par Loïc*, 28 ans, qui a entendu parler de la PrEP grâce à un partenaire rencontré sur Grindr. « On s’est dit qu’on n’était pas obligés d’utiliser un préservatif comme il était sous PrEP. Depuis, c’est vrai que c’est devenu une habitude », reconnait‐il. 

Selon le rapport de l’Agence du médicament, les utilisateurs de la PrEP sont principalement des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH), en moyenne âgés de 37 ans, résidant en Ile‐de‐France ou dans une grande métropole. L’étude souligne que 80% des utilisateurs renouvellent leurs ordonnances. Le traitement est donc suivi. 

Sous traitement depuis six mois maintenant, Loïc n’envisage pas d’arrêter la PrEP. « Je me sens beaucoup plus en sécurité, et avec les prises de sang, je sais où j’en suis. Je n’ai pas l’impression de prendre de risques. Au contraire, je pense même être mieux protégé qu’avant, même sans préservatif ». 

Une utilisation dans les cercles avertis

Didier Lestrade, co‐fondateur de l’association de lutte contre le Sida Act Up‐Paris, remarque également une tendance à moins se protéger. Mais la santé sexuelle n’est pas négligée pour autant. Au contraire. « Les Infections Sexuellement Transmissibles sont surtout contractées par les gens qui ne se dépistent pas pour le VIH. C’est un cercle vicieux : ils ne font pas de tests pour le VIH, donc pas non plus pour les hépatites. Or, avec la PrEP, les utilisateurs sont tous dépistés ».

Mais Didier Lestrade regrette cependant que la PrEP ne soit utilisée que dans les cercles déjà avertis. « On en a beaucoup parlé dans la communauté LGBT+. Les personnes qui ont une sexualité à risque plus importante comme ceux qui fréquentent les milieux libertins sont aussi mieux informées. Mais tout le monde ne sait pas forcément que la PrEP s’élargit aux hétérosexuels. Les femmes aussi peuvent la prendre !».

*Les prénoms ont été modifiés.