COP25 à Madrid : l’Espagne, mauvaise élève du climat en Europe ?

C'est Madrid qui accueillera cette année la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique. Pourtant, le pays fait partie des mauvais élèves de l'écologie en Europe...

De Santiago à Madrid. La Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques 2019 (COP25) s’ouvre lundi en Espagne, et non pas, comme prévu initialement, au Chili -en raison des troubles qui secouent en ce moment le pays d’Amérique du Sud. L’objectif de la COP: sauver l’accord de Paris sur le climat, car à ce rythme, l’engagement à maintenir la hausse des températures mondiales sous la barre des 2 degrés ne sera jamais tenu. Mais Madrid est‐elle la ville la mieux placée pour accueillir une telle conférence ? 

Il s’agit d’un choix naturel de la part du Chili, soutient le Secrétariat général aux affaires internationales espagnol, Jose Manuel Albares. Une question de “proximité, le fait que nous appartenions à la communauté ibéro‐américaine.” Certes. Mais en matière de politique environnementale, l’Espagne est loin d’être un modèle.  

Comme le notait un rapport annuel publié en juin 2019 par l’Agence européenne pour l’Environnement (AEE), de 1990 à 2017, les pays de l’Union européenne ont réduit en moyenne de 23,5% les émissions de gaz à effet de serre. L’Espagne se démarque par une croissance de 17,9%. Si elle n’est pas le seul pays à rater l’objectif fixé par l’Union européenne (réduire de 20% les émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990), elle est celui dont les émissions de gaz à effet de serre ont le plus augmenté en chiffres absolus depuis 1990, avec une hausse de 51,7 millions de tonnes.

La responsabilité du gouvernement Rajoy

En cause, notamment, une politique intérieure axée sur le développement des transports. L’Espagne, particulièrement sous Mariano Rajoy (2011–2018), a privilégié la construction d’infrastructures routières et autoroutières, très polluantes. Dès son arrivée au pouvoir, Rajoy suspend les dispositifs de soutien aux nouveaux projets d’énergies renouvelables, entre autres éoliennes et solaires. Sous sa présidence, les parcs nationaux et les littoraux sont moins protégés, la prospection pétrolière en haute mer se développe… “Plus que Rajoy, c’est la gestion de la crise qui a entraîné cette hausse des émissions carbone”, nuance le spécialiste de l’Espagne contemporaine Nicolas Klein. “Comme dans tous les pays, quand la croissance repart, les émissions augmentent…

Résultat, en 2015, l’organisation Global Footprint Network (GFN) indique que l’Espagne est en situation de déficit écologique : elle surpêche, son bilan carbone est positif, les gravats de chantier ne sont quasiment pas recyclés… Le jour du dépassement espagnol pour l’année 2019, date à laquelle le pays consomme plus de ressources qu’il ne peut en renouveler, est fixé au 28 mai… Contre le 29 juillet pour le reste du monde. 

De fortes ambitions écolo

Pourtant, l’Espagne affiche depuis plusieurs décennies de fortes ambitions écologiques, incarnées notamment par le Premier ministre Pedro Sanchez. Fermeture des centrales à charbon et des mines, suppression progressive du parc nucléaire espagnol, investissements dans les énergies renouvelables… “Tout dépend de quels indicateurs on regarde”, estime Nicolas Klein, avant de souligner la “très grande sensibilité écologique” de la population espagnole. “Un sondage révélait il y a quelques mois qu’une majorité des Espagnols interrogés considéraient le réchauffement climatique comme la plus grande menace actuelle non seulement pour le monde, mais aussi pour l’Espagne…

L’organisation de cette COP25 sera donc l’occasion pour l’Espagne de reverdir son blason écolo. Nicolas Klein résume : “Pedro Sanchez va pouvoir projeter ses ambitions écologiques à l’international.” Et démontrer l’efficacité espagnole : il n’aura fallu qu’un mois à Madrid pour mettre en place la logistique et la sécurité nécessaire à un tel rassemblement. La représentante du patronat espagnol Cristina Rivero assure en tout cas avoir pris la mesure de l’événement : “Je crois que c’est aussi important d’accueillir le sommet à Madrid, expliquait‐elle fin octobre. Sans cela, le niveau de sensibilisation ne serait pas le même.” 

La COP25 se tient jusqu’au 13 décembre. 25.000 participants venus de près de 200 pays sont attendus.