Dépôts pétroliers bloqués : l’ouest de la France face au spectre de la pénurie d’essence

Les professionnels du BTP poursuivent le blocage de cinq dépôts pétroliers dans l'ouest de la France pour protester contre la suppression de leur avantage fiscal sur le gazole non routier (GNR) prévue dans la loi de finances de 2020. Cette taxation particulière leur permet pour l'instant de payer le carburant 50 centimes moins cher que les particuliers.

Les dépôts pétroliers de Vern‐sur‐Seiche, près de Rennes, Brest, Lorient, Le Mans et La Pallice, à La Rochelle étaient toujours bloqués ce lundi en début de soirée. Dans la matinée, une délégation d’une dizaine d’entrepreneurs du BTP à participé à une réunion à Bercy avec le ministre de l’Économie Bruno le Maire.

D’après le Télégramme, les représentants des entreprises du BTP ont quitté le ministère de l’Économie vers 16 heures. Ils ont obtenu des avancées dans les négociations, comme le retour de la coloration dans le gazole non routier et des contrôles douaniers plus poussés pour débusquer les fraudes. En revanche, le gouvernement n’a pas l’intention de revenir sur sa décision de mettre fin à l’avantage fiscal sur le GNR. Les représentants du BTP doivent désormais faire part de ces avancées aux acteurs du secteur, afin de décider quelle suite donner au mouvement.

Si aucune annonce générale n’a été faite, le chef de file du mouvement du BTP à Lorient, Norbert Guillou, a assuré ce lundi soir que « pour le moment, on ne bouge pas. Les barrages restent et je pense qu’ils vont rester pendant un moment encore ».

Déjà plusieurs jours de blocages

Les blocages destinés à protester contre la fin de l’avantage fiscal sur le gazole non routier (GNR) ont commencé jeudi après‐midi ou jeudi soir selon les dépôts. Le blocage du dépôt pétrolier de La Pallice à La Rochelle, qui avait été levé vendredi après‐midi, a repris dans la nuit de dimanche à lundi.

En début d’après-midi, les dépôts étaient toujours bloqués par des engins et des manifestants. « Nous n’avons aucune nouvelle de la réunion de ce matin. Sept engins et une vingtaine de personnes sont toujours à l’entrée », explique‐t‐on au dépôt de pétrole du Mans, situé dans la zone de la Foucaudière. À Lorient, 65 engins empêchent les camions de sortir du dépôt et une trentaine de véhicules sont positionnés aux abords du dépôt de Brest.

Des stations‐service à sec

L’annonce des blocages des dépôts de pétroliers a suscité une crainte chez certains automobilistes qui se sont rués vers les pompes à essence. Depuis vendredi, de nombreuses stations‐service ont été amenées à fermer, en totalité, ou partiellement.

Les secteurs de Brest et Quimper sont particulièrement touchés. Ce lundi soir, selon une carte collaborative du Télégramme 455 stations‐service en Bretagne et Pays‐de‐la‐Loire sont en pénurie totale et 78 se trouveraient en pénurie partielle.

Des stations‐service réquisitionnées

Face au blocage du dépôt pétrolier de Brest, le préfet du Finistère a pris, dimanche en début d’après-midi, un arrêté « réquisitionnant plusieurs stations‐service du département ». L’objectif : permettre l’approvisionnement des véhicules chargés d’une mission prioritaire (urgence, secours et soins aux personnes, services sanitaires, transports funéraires…)

Au total, douze stations‐service sont réquisitionnées. « Le préfet du Finistère appelle les automobilistes à respecter ces dispositions, qui visent à satisfaire les besoins les plus urgents », précise le communiqué.

« Fluidifier la livraison »

Le gouvernement a décidé, dans un arrêté publié samedi, au Journal Officiel, d’assouplir temporairement le temps de conduite pour le transport d’hydrocarbure. « Considérant que l’approvisionnement national en carburant est gravement perturbé par un mouvement social bloquant l’accès à de nombreux sites de dépôts pétroliers », l’arrêté autorise jusqu’à mercredi inclus les transporteurs d’hydrocarbure à dépasser au maximum de deux heures la durée de conduite journalière.

Pour justifier cette décision, le gouvernement a invoqué « un cas d’urgence » : « Les distributeurs de carburants sont contraints soit d’attendre que l’accès à ces sites soit libéré, soit de se ravitailler à d’autres dépôts, plus éloignés ».

Vers une pénurie globale ?

Dès le vendredi, des files importantes s’étaient formées devant les stations. La crainte d’une pénurie d’essence va t‐elle gagner toute la France ? Le groupe Total qui exploite 3 500 stations sur les 11 000 existantes, se veut rassurant : « Nous avons à notre disposition de nombreux alternatifs pour acheminer du carburant, précise un porte‐parole de la direction, comme des arrivées de pipelines, des barges ou même des camions plus gros pouvant aller s’approvisionner plus loin. »

« Si les stations‐service se sont vite retrouvées à cours de carburant ce week‐end, c’est parce que les consommateurs ont changé leurs habitudes ».  À trois jours de la grève du 5 décembre, les automobilistes ont préféré anticiper.

Contacté par téléphone le comité professionnel des stocks stratégiques pétroliers affirme ne pas avoir été sollicité pour le moment. « Nous n’avons pas reçu d’ordre de la Direction générale de l’énergie et du climat pour utiliser les stocks ». Ses réserves sont destinées à des situations exceptionnelles afin de faire face à une rupture grave des approvisionnements. Elles n’ont pas été utilisées depuis mai 2016 et les blocages des dépôts liés à la loi travail.