Nolan, 19 ans, survit dans le métro

Les jeunes de moins de 25 ans représentent 3 % à 4 % des sans-abris dans le métro. Rencontre avec Nolan, sans domicile fixe de 19 ans.

Faire la manche, dormir, refaire la manche. Ma vie se résume à cela. J’ai honte”, raconte Nolan, sans domicile fixe. À 19 ans, ce jeune originaire de Clichy Montfermeil (Seine‐Saint‐ Denis), selon ses dires, passe une grande partie de ses journées dans les couloirs de la station Châtelet. Une situation devenue presque banale, selon une récente étude publiée par l’Observatoire du Samu Social le 18 novembre. Elle révèle que, parmi les 700 sans‐abris qui vivent une partie du temps dans le métro, entre 3 % et 4 % sont âgés de dix‐huit à vingt‐quatre ans.

 

Nolan porte un bonnet qui tombe sur son visage de jeune adulte. Quand un usager quotidien de la station Châtelet le salue, ses yeux sourient comme à un visage familier. À la rue depuis plus de trois ans, il a rompu tout contact avec ses parents. “Ils m’ont mis à la porte car je suis homosexuel”, affirme‐t‐il. Depuis, il alterne entre nuits sur les canapés de ses amis à Clichy et le métro. “Personne ne m’a pris en charge. Ni les services sociaux, ni les services psychiatriques”, ajoute‐t‐il. Le jeune homme confesse toutefois être en proie à des épisodes de “crises” de violences. Une façon de justifier, en partie, son absence de prise en charge.

 

Le parcours de Nolan est révélateur de la situation des jeunes SDF dans le métro. Odile Macchi est sociologue. Elle a mené les entretiens individuels de l’enquête de l’Observatoire du Samu social. Durant six mois, elle a accompagné les agents du Recueil social sur le terrain, un service bénévole mis en place par la RATP qui s’occupe des sans abris. “Beaucoup de jeunes dans cette situation sont en rupture familiale. Certains sont atteints de troubles psychiatriques lourds”, explique‐t‐elle.

 

Mme Macchi se souvient d’une histoire qui l’a marquée : “Un jour j’ai rencontré un jeune à Jussieu. Il était parti de chez lui à 18 ans car sa situation familiale n’était plus vivable. Il était atteint de schizophrénie et avait commencé le cannabis très jeune”. Selon cette spécialiste, ce public nécessite un accompagnement particulier qui n’est pas mis en place dans les foyers pour SDF. “Le métro est un danger pour les jeunes. Ils ont l’impression d’être à l’abri. Ils peuvent avoir tendance à s’isoler du monde extérieur”.

 

La région Île‐de‐France se mobilise sur la situation sanitaire et sociale des sans‐abris dans le métro. La présidente, Valérie Pécresse (Libres!), a annoncé récemment l’ouverture de Maisons solidaires, à Clichy et à Issy‐les‐Moulineaux (Haut‐de‐seine). Quelque 150 personnes seront réparties sur deux structures gérées en collaboration avec la Croix‐Rouge et une association d’insertion. Ces centres devraient démarrer leur activité cet hiver. Des activités de resociabilisation seront proposées. Sollicitée au sujet du sort particulier des sans‐abris âgés de moins de 25 ans, la région n’a pas répondu à nos questions.

 

Nolan veut bénéficier de ce nouveau type d’hébergement. En attendant, il dessine des mangas et fait du “street work out”, un loisir qui mêle gymnastique et musculation. La nuit approche. Il met ses écouteurs et lance Seul au monde, du chanteur Corneille.