Turquie, Etats‐Unis, Russie… A l’Otan, les trois dossiers chauds d’Emmanuel Macron

Erdogan le franc-tireur, Trump l’imprévisible, Poutine l'incontournable… Le sommet du 70e anniversaire de l’OTAN qui s’est ouvert aujourd’hui à Londres s’annonce mouvementé pour le président français Emmanuel Macron.

Emmanuel Macron arrive en terrain miné ce mardi à l’ouverture d’un sommet de l’Otan. Passage en revue des points épineux qui risquent d’animer les prochaines jours du président français.

  • Duel frontal entre Macron et Erdogan

Insultes interposées et piques qui fusent des deux côtés : les relations franco‐turques ne sont pas au beau fixe. La Turquie avait lancé, seule, une offensive terrestre contre les forces kurdes dans le nord‐est de la Syrie début octobre, et ce malgré les condamnations internationales. La Turquie qualifie les Kurdes du Nord‐est d’organisation terroriste, renforçant le gouffre avec les Occidentaux qui les considèrent comme des alliés dans la lutte antijihadiste. 

Début novembre, le président français a déclaré dans un entretien à l’hebdomadaire The Economist que cette offensive unilatérale indiquait clairement que l’Otan était en état de « mort cérébrale ». Son homologue turc Recep Tayyip Erdogan a répondu à cette déclaration avec des mots très forts. « Je m’adresse depuis la Turquie au président français Emmanuel Macron, et je le redirai à l’Otan. Fais d’abord examiner ta propre mort cérébrale », a‐t‐il lancé.

« Il est tellement inexpérimenté! Il ne sait pas ce qu’est la lutte antiterroriste, c’est pour cela que les gilets jaunes ont envahi la France », a ajouté le président turque à propos de son homologue français. « Gesticulez autant que vous voudrez, vous finirez par reconnaître le bien‐fondé de notre lutte contre le terrorisme ».

Les chefs d’États de la France, la Turquie, l’Allemagne et le Royaume‐Uni doivent se rencontrer en marge du sommet de l’Otan pour discuter de la situation de la Syrie. 

  • Trump toujours aussi imprévisible

Autre grande inconnue du sommet : les réactions du chef d’Etat américain. Outre la nouvelle charge contre les produits français qu’il vient de lancer, Donald Trump dénonce depuis plusieurs mois les dépenses qu’engendre l’Otan, un fardeau inégalement partagé selon lui. Le président américain veut maintenir la pression sur les alliés pour qu’ils respectent leur engagement de consacrer 2% de leur PIB pour leurs dépenses militaires. 

En outre, Donald Trump s’est dit surpris des déclarations d’Emmanuel Macron au sujet de l’Otan.  C’est un jugement « très, très méchant a l’adresse de 28 pays », déclarait‐il lors d’une conférence de presse avec le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg. « Personne n’a besoin de l’Otan plus que la France ». De son côté, le chef d’Etat français regrette que les sommets de l’Otan soient « uniquement consacrés à savoir comment on pouvait alléger le coût financier pour les États‐Unis ».

Mardi, lors d’une conférence de presse avec Emmanuel Macron, Donald Trump s’est toutefois félicité « que davantage de pays fassent plus d’efforts ». « Aujourd’hui, on a une situation plus robuste. Le président Macron et moi‐même estimons que nous avons besoin de davantage de flexibilité, (…) on a un budget beaucoup plus robuste”, a ajouté le président américain.

  • Négociations feutrées avec Poutine

Le président doit rencontrer Vladimir Poutine le 9 décembre à Paris, lors d’un sommet au format dit « Normandie » — sommet qui réunira les chefs d’Etats français, allemand, ukrainien et russe. Une rencontre fondamentale pour parler de la question ukrainienne.

La Russie annonçait début août la fin du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) signé en 1986 en pleine Guerre Froide. Il interdit aux Etats‐Unis comme à la Russie de tester, de produire et de déployer tout missile terrestre d’une portée de 500 à 5 500 km, qu’il contienne une charge nucléaire ou non. Washington accuse Moscou depuis 2014 d’avoir violé ce traité, puisque la Russie testerait un nouveau missile avec une portée qui va au delà des 500 km : le 9M729. Des accusations reprises par l’Otan. La Russie dément et assure que le missile en question ne peut atteindre que les 480 km au maximum. 

Vladimir Poutine a proposé « un moratoire » sur le déploiement de missiles de portée intermédiaire avec charge nucléaire en Europe. La France ne se mouille pas. Elle n’a ni accepté, ni refusé. « Nous n’avons absolument pas accepté le moratoire proposé par la Russie (…) mais nous avons considéré que comme base de discussion, il ne fallait pas la chasser d’un revers de main », a déclaré Emmanuel Macron. 

Le sujet sera abordé lors du sommet sur l’Ukraine le 9 décembre, l’occasion de clarifier les relations de l’Europe avec la Russie.