Municipales : Comment La République En Marche compte voler le “92” à la droite

Longtemps acquis à la droite, les marcheurs comptent sur les municipales pour voler ce territoire aux Républicains.

« Elle n’a aucune chance ! », assure Nathalie P., habitante de Levallois‐Perret. « Elle », c’est Maud Bregeon, candidate investie par La République en marche (LaREM) pour les élections municipales de mars prochain. Du haut de ses 28 ans, celle qui est aussi la référente départementale du parti dans les Hauts‐de‐Seine s’est lancé un défi de taille : conquérir la ville de Patrick Balkany, qui a annoncé, hier, depuis la prison de la santé où il est incarcéré pour des faits de corruption, sa candidature pour 2020.

Mme Bregeon sait que ses chances de victoire sont minces. Les Levalloisiens sont très attachés à leur actuel édile. Mais la commune, comme le reste du département, a massivement voté pour LaREM lors des derniers scrutins [voir notre encadré]. Forte de ce constat, Mme Bregeon compte mener la bataille jusqu’au bout. De toute façon, si ce n’est pas Levallois où la Macronie s’impose, ce sera peut‐être Neuilly, Asnières ou Puteaux. Car aujourd’hui, c’est sur tout le “92” et ses 31 mairies occupées par des élus de droite et de centre‐droit, que lorgne le parti présidentiel.

 

« Une vraie dynamique »

« Faire tomber les LR sur leurs terres, c’est l’objectif affiché », reconnaît un membre de l’équipe de campagne d’Aurélie Taquillain, candidate à Courbevoie. Ancienne adjointe au maire en charge de la petite enfance, elle a quitté les rangs des Républicains (LR) après l’élection de Laurent Wauquiez. Elle affrontera le maire sortant, qui devrait briguer un sixième mandat. Son crédo : une ville plus verte, plus accueillante, plus “inclusive”.

Une ligne de campagne qu’ici, à Courbevoie, LaREM pense être en phase avec les évolutions des Hauts‐de‐Seine. « Sociologiquement, le département a changé, estime le collaborateur d’Aurélie Taquillain. Les gens qui y habitent sont souvent d’anciens Parisiens qui travaillent à Paris, bien éduqués et appartenant aux CSP+ ». Bref, « le profil‐type de l’électeur macroniste ».

Le département le plus riche de France pourrait‐il donc aussi changer politiquement ? « En tout cas, il y a une vraie dynamique, argue‐t‐il. En plus, le 92 est idéalement situé. Comme on est aux portes de Paris, les ministres peuvent venir soutenir les candidats. » La semaine dernière, Aurélie Taquillain a ainsi été opportunément soutenue par une visite d’Emmanuelle Wargon, secrétaire d’État à la Transition écologique et solidaire.

Petits arrangements entre amis

À ce jour, pas moins de 17 têtes de liste ont été investies par LaREM. Auxquelles il faut ajouter les candidats « soutenus », terme utilisé par le parti présidentiel pour désigner ceux choisis pour leur « Macron‐compatibilité ». Le jeune parti ne compte qu’un seul élu à la tête d’une ville du 92 – Grégoire de la Roncière, maire de Sèvres (ex‐LR). Mais LaREM espère avoir trouvé la parade en proposant une alliance à plusieurs maires sortants, qui partent généralement favoris sur leur commune. Pour l’instant, ils sont sept à l’avoir acceptée, la plupart encartés à l’UDI.

Les négociations ont parfois duré plusieurs mois. « Le contrat est simple. Grâce à ce soutien, le maire s’assure qu’aucun candidat macroniste ne se présentera face à lui. En échange, il s’engage à placer sur sa liste au moins un membre de LaREM. Si possible en haut de la liste, pour qu’il devienne adjoint au maire », détaille la directrice de cabinet d’un maire des Hauts‐de‐Seine. Une façon pour le parti de la majorité d’obtenir plus d’élus et de faire taire ceux qui lui prédisent une lourde défaite dans quatre mois.

LaREM espère au passage gonfler les rangs de ses grands électeurs. Dans son viseur : les sénatoriales de 2023. La Macronie rêve de renverser la tendance au Sénat. À droite, lui aussi.

 

Les très bons scores de LaREM dans les Hauts‐de‐Seine

Bastion historique de la droite, le département a toujours voté en masse pour le RPR, l’UMP, puis LR. Jusqu’en 2017. Emmanuel Macron devance alors François Fillon au premier tour de la présidentielle (32,3 % contre 29,1 %). Les législatives sourient aux alliés du Président : onze sièges de députés sur treize tombent dans le giron de LaREM et du MoDem. Une dynamique restée intacte lors des européennes de mai dernier : la liste de la majorité obtient dans les Hauts‐de‐Seine son meilleur résultat (avec 33,6% des voix), devant la liste EELV, les Républicains n’arrivant qu’en troisième position.