Pénurie de carburant dans l’Ouest : « Dès que l’on parle essence, les gens deviennent fous »

Ce mardi 3 décembre, à Laval, le carburant se fait rare. Par crainte d'une éventuelle pénurie suite au blocage de dépôts d'essence, les automobilistes se sont rués sur les pompes à essence ce week-end. Un comportement qui a entraîné rapidement la fermeture de nombreuses stations-service. Reportage.

« On peut prendre un peu d’essence ici ?Oui madame. — Ma voiture est chez moi, j’ai peur que les blocages continuent alors dans le doute je vais la chercher et je reviens. » Quand cette habitante de Laval remarque que la station de son supermarché est ouverte, elle ne perd pas une seconde. Même si le voyant rouge de son véhicule ne s’est pas allumé, il y a ceux qui préfèrent être prévoyants. Trop prévoyants peut-être, au risque d’aggraver la pénurie d’essence en cours dans plusieurs villes françaises.

À l’annonce des blocages des dépôts pétroliers par les professionnels du BTP à Vern-sur-Seiche (près de Rennes), Le Mans, Brest et Lorient, vendredi matin, les automobilistes se sont rués dans les stations-service vidant les cuves de carburant. Ce mardi 3 décembre, le ciel est bleu, le froid de décembre s’est installé dans les rues de Laval, la station, située près de la gare, est déserte. Les mots « hors service » sur les pompes indiquent qu’il n’y a plus une goutte de gazole. « Samedi, c’était hallucinant de voir les files d’attente devant la station-service », se souvient un pompiste. Pour l’instant la station est fermée, nous ne savons pas encore quand nous recevrons la prochaine livraison. »

« C’était un beau bazar ce week-end, il y avait des bouchons partout dans la ville, explique la gérante d’un supermarché. Nous avons dû fermer la station le samedi soir. Dès que l’on parle essence, les gens deviennent fous. Si bien qu’à cause de leurs comportements, le blocage n’avait même pas commencé que les stations étaient déjà en pénurie de carburant », se résigne-t-elle.

Une station ouverte quelques heures par jour

Heureusement pour cette gérante, une livraison de carburant commandée en avance lui est parvenue le lundi. La station a donc rouvert ce mardi. Mais seulement quelques heures afin d’éviter que les automobilistes ne vident la cuve trop vite. D’autant plus que cette dernière est à moitié vide. « On préfère fonctionner comme cela pour être sûr que les gens vraiment en manque d’essence aient quelque chose. Sinon les gens font vite n’importe quoi. » Dans la matinée, quelques employés de la grande surface sont restés près de la station, située en bout de parking, pour faire la circulation et « filtrer » les voitures. « On a renvoyé deux voitures sur trois car les réservoirs de ces personnes étaient à moitié plein. On n’a pas fait que des heureux mais, quand les gens ont un niveau de carburant suffisant, il n’y a pas encore d’urgence. »

Vers 14h30, le totem signalétique s’allume et indique l’ouverture de la station. En quelques minutes, une dizaine d’automobilistes attendent d’accéder à la pompe. Rachid est venu grâce au bouche-à-oreille. « C’est un ami qui m’a parlé de cette station qui ouvrait de temps en temps. Heureusement qu’il en reste une, car dans le reste de la ville tout est fermé. » Il est ravi, car l’aiguille de la jauge d’essence indiquait qu’il était sur la réserve.

« J’ai fait huit stations-service avant de trouver celle-là !  »

Le ballet des voitures continue. Certains automobilistes sont venus de loin, comme cette enseignante d’un collège à Mayenne (à 31 km de Laval) : « J’ai fait huit stations-service avant de trouver celle-là ! », s’exclame-t-elle, soulagée. Elle attrape la pompe jaune, celle indiquant « gazole », se retourne vers sa voiture noire et commence le plein. D’autres ont trouvé la station par hasard. Comme ce prêtre, habitant en campagne. « Je passais dans le coin et j’ai vu des voitures s’arrêter à la station. Demain, je vais célébrer la messe à 60 km de mon domicile, ma voiture c’est mon outil de travail. » « Moi, ce week-end j’étais sur la réserve, je n’ai pas du tout fait attention aux informations et je ne savais pas que certaines stations étaient déjà en rades. Je fais 70 km par jour pour venir à Laval,  raconte de son côté Naomi, interne en médecine générale. Je comptais rendre visite à des amis ce soir sur Mayenne. Je vais devoir reporter, il faut que j’économise mon carburant. »

Les automobilistes ne peuvent pas dépasser les 20 euros de carburant. Certains râlent : « Vous auriez pu mettre 30 euros, avec 20 euros on ne remplit rien », peste un automobiliste en raccrochant la pompe. « Moi, il me faut un plein entier ! », renchérit une automobiliste, sur un ton exigeant, depuis la fenêtre de sa voiture. D’autres essayent de négocier un bidon, un jerrycan … La réponse est non. « Si tout le monde fait cela, on va être à sec comme toutes les autres stations de la ville », explique la gérante, incroyablement calme. « Toujours rester zen dans ce genre de situation », rit-elle. Son visage se durcit quand elle s’aperçoit qu’un automobiliste tente de déroger à la règle des 20 euros et remet à nouveau sa carte bancaire pour faire un deuxième plein.

Pour assurer un service minimum, cette station service limite les automobilistes à 20 euros de carburant

Il est 16h45, les employés de supermarché décident de fermer la station. Il faudra attendre demain matin pour récupérer un peu de carburant. La gérante n’a toujours pas de nouvelles concernant sa prochaine livraison. Même si dans la journée, les dépôts de pétrole de Brest, de Vern-sur-Seiche et du Mans ont été débloqués, les stations risquent d’être fermées encore quelques jours. « Le temps que les camions se réapprovisionnent dans les dépôts et qu’ils viennent livrer tout le monde, ça va prendre un certain temps. Et puis, le blocage va peut être reprendre jeudi à l’occasion de la journée de mobilisation annoncée », avertit la gérante lavalloise. De leur côté, les automobilistes cherchent des solutions si les pénuries s’éternisent, comme le covoiturage, le télétravail… Et puis, comme l’indique un professeur d’université venu prendre un peu de carburant avant de se rendre à son travail, « quand il n’y aura plus rien ? Eh bien, on s’arrêtera ».