Polémiques en série pour Uber : que reproche-t-on à la plateforme américaine ?

Mauvaise empreinte écologique, suspension de son activité à Londres, témoignages glaçants d'agressions sexuelles dans les véhicules... Uber traverse une mauvaise passe marquée par de récentes polémiques.

En l’espace de deux semaines, trois affaires différentes liées à la plateforme Uber ont éclaté. De quoi ternir l’image de l’entreprise américaine aux 90 millions d’utilisateurs qui, dix ans après sa création, a réussi à s’implanter dans 800 villes.

  • #UberCestOver, des témoignages glaçants

Depuis une semaine, des témoignages accompagnés du hashtag #UberCestOver affluent sur Twitter. Des récits glaçants de clientes qui dénoncent le harcèlement, les agressions sexuelles et les viols dont elles ont été victimes lors d’un trajet avec un chauffeur Uber. Une occasion de libérer la parole mais aussi d’avertir face au sentiment d’insécurité ressenti vis-à-vis de la plateforme. Dans leurs tweets, les internautes pointent du doigt le manque d’informations demandées lors du recrutement des chauffeurs mais aussi l’indifférence d’Uber en cas d’agression.

Cette insécurité, Sonia, chauffeuse Uber depuis un an à Paris et en région parisienne, a l’habitude de l’entendre de la part des jeunes femmes qu’elle conduit. “Dès qu’elles montent et réalisent que je suis une femme, je reçois beaucoup de solidarité et d’encouragement d’une part et ensuite, elles me font des retours sur des mauvaises expériences qu’elles ont vécues avec des chauffeurs Uber”, confie-t-elle.

Depuis l’émergence de ce hashtag, de nombreuses clientes, par souci d’insécurité, ont décidé de ne plus utiliser l’application. Face à l’ampleur de la situation, certains internautes tentent de faire connaître des applications de VTC dédiées aux femmes et uniquement constituées de conductrices. Le but ? Trouver un moyen pour  rentrer chez elles en sécurité.

https://twitter.com/Un_Yams/status/1201870077882241027

Même si Sonia n’a jamais eu affaire au type d’expériences vécues par ses clientes, cette dernière admet tout de même avoir “peur de la mauvaise rencontre”. Cependant, pour la trentenaire, il n’est pas question de s’inscrire sur une application dédiée aux femmes. “Nous, les femmes VTC, sommes peu nombreuses donc si nous étions toutes regroupées sur une application, le temps d’attente pour les clientes serait beaucoup trop long, détaille-t-elle avant d’ajouter, Et puis, je n’ai pas spécialement envie de ne m’adresser qu’à la clientèle femme, je trouve ça triste. Enfin, c’est ce que je pensais avant de voir tout ces témoignages”. 

  • Suspension de son activité à Londres

Le 25 novembre dernier, l’autorité de régulation des transports de Londres Transport for London (TfL) a pris une décision radicale : la suspension d’Uber dans la capitale britannique. Ce n’est pas la première fois qu’Uber voit son activité suspendue. Déjà, en janvier dernier, l’adoption de restrictions pour les VTC votée par le gouvernement de Catalogne avait forcé l’entreprise à suspendre son service “UberX” à Barcelone. Cette fois, et pour la deuxième fois en deux ans, Uber s’est vu suspendre son droit d’exercer à Londres. En cause dans ce cas, une modification apportée par l’entreprise mettant ses usagers en danger.

Dans le détail, deux failles sont pointées du doigt. En premier lieu, la possibilité pour certains n’ayant pas d’autorisations de charger leurs photos sur le compte d’autres conducteurs. Résultat : les passagers peuvent tomber sur l’un d’eux en pensant monter dans un véhicule avec un chauffeur attitré. Selon la TfL, 14 000 cas d’usurpation ont été enregistrées.

De la même manière, des conducteurs sans permis ou suspendus peuvent utiliser les comptes d’autres chauffeurs inscrits sur la plateforme.  “Il est inacceptable qu’Uber permette à des passagers d’emprunter des véhicules dont les conducteurs sont potentiellement sans licence et sans assurance”, a déclaré la directrice des autorisations et réglementations à TfL, Helen Chapman. Une décision soutenue par Sadiq Khan, maire de Londres qui a déclaré que même si Londres cherche à attirer “les sociétés innovantes” , il est “essentiel que les entreprises respectent les règles”. 

  • Mauvais élève en matière d’écologie

D’après une étude réalisée par l’ONG européenne Transport & Environment pour Sierra Club et publiée par Le Monde, l’empreinte écologique du géant des service de VTC a explosé. En cause, un nombre de chauffeurs qui a doublé en peu de temps. En France, “le nombre de chauffeurs Uber est passé en trois ans de 15 000 à 30 000”. Cette augmentation rapide créée deux phénomènes qui font de la plateforme un mauvais élève au niveau écologique.

Elle est notamment à l’origine de nombreux embouteillages dans des villes comme Paris ou Londres qui connaissent déjà une forte densité de circulation des véhicules. Pas étonnant lorsqu’on sait qu’en un an, la moyenne de kilomètres parcourus atteint “58 000 kilomètres par an à Paris et 48 000 kilomètres à Londres”, selon des chiffres donnés par le journal.

Deuxième élément mis en avant dans cette étude : la pollution. Selon l’association, “Les kilomètres effectués par ces voitures produisent environ 515 kilotonnes d’émissions de CO2 par an”. L’équivalent de “250 000 voitures supplémentaires appartenant à des particuliers”. 

A croire qu’UberGreen — service qui propose des trajets en véhicules hybrides et électriques uniquement — n’est pas suffisant pour donner une image d’entreprise éco-responsable à Uber. Face à ces résultats, les ONG en attendent davantage. Elles ont lancé une campagne en Europe et aux Etats-Unis pour convaincre Uber de proposer uniquement des véhicules électriques d’ici à 2025 dans les principales villes où le groupe est implanté. Le porte-parole d’Uber s’est défendu, affirmant que la plateforme “travaille activement avec des villes à travers l’Europe pour améliorer l’accès à des modes de transport propres, sûrs et accessibles”. Contacté, le siège d’Uber n’a pas donné suite à notre appel.

 Irène Ahmadi