A Paris, une manifestation aux revendications diverses émaillée de violences

Forte mobilisation, des débordements place de la République, de nombreuses personnalités politiques... Ce qu'il faut retenir de la manifestation parisienne de ce 5 décembre.

Retraités, Gilets jaunes, professeurs, étudiants… Ils étaient plusieurs milliers à manifester ce jeudi à Paris. 250 000 selon la CGT -syndicat ayant appelé à la mobilisation avec Force ouvrière (FO), FSU, et Solidaires‐, 65 000 selon le ministère de l’intérieur. Le mot d’ordre : dire non à la réforme des retraites entamée par le gouvernement et dont les contours restent encore flous. “On travaille le dimanche, on se lève à trois heures du matin… On mérite notre système spécial de retraite !”, défendent David et Philippe, deux exploitants de la RATP. “Ho hisse le point d’indice”, “en grève jusqu’à la retraite”, peut‐on lire sur les pancartes. Sur la sienne, Marie‐José, une retraitée qui touche moins de 500 euros par mois, a écrit : “Retraites à poingts, une violence de plus envers les femmes”. Selon cette féministe, “le nouveau calcul des retraites est très injuste pour les femmes”.

“Pour les femmes, le nouveau calcul des retraites est très injuste”, dénonce Marie‐José, retraitée féministe.

Tout le long de la manifestation, partie de gare de l’Est peu après 14 heures, les revendications sont presque aussi nombreuses que l’afflux de participants. “Je viens pour manifester contre les retraites mais c’est beaucoup plus large, explique une Gilet jaune de 21 ans venue de Chartes. Il y a aussi le problème du chômage, quelle planète on veut avoir…”. “La réforme des retraites, c’est juste la goutte d’eau. Il y a aussi la réforme du lycée qui ne fonctionne pas, le manque de moyens dans l’éducation”, renchérit Marine, professeur de lycée à Chelles. Beaucoup de jeunes parlent d’écologie, les pompiers sont présents en masse. François Asselineau, lui, profite de la manifestation pour afficher un drapeau floqué “Frexit”. Car selon lui, cette réforme est “directement exigée par l’Union européenne”.

“En tant qu’écolo, ça a du sens d’être ici contre la réforme des retraites. L’effondrement concerne et la fin du monde et la fin du mois. On ne peut pas séparer le social de l’écologie”, Arthur, membre d’extinction rébellion

On peut parler d’une convergence de combats. La manifestation coalise plusieurs colères dans le pays : hôpitaux, enseignements, pompiers…”, analyse Yannick Jadot, député européen EELV, présent dans la manifestation. “Le mot d’ordre reste la question des retraites”, rappelle pour sa part Yves Veyrier, secrétaire général de Force ouvrière.

Débordements et gaz lacrymogènes

Aux revendications multiples, les manifestants apportent des réponses variées. Protestation en musique pour les uns, jets de projectiles sur les forces de l’ordre pour les autres. La peur d’une manifestation qui dégénère est dans toutes les têtes. La veille, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner avait averti : “Il y aura des black bloc et des Gilets jaunes radicaux. “J’espère que la manifestation ne va pas tourner à la violence trop vite”, confie Yannick Jadot peu après 15 heures. Une demi‐heure plus tard, de premiers débordements éclatent aux abords de la place de République. Une remorque de chantier renversée est en flamme, des abribus sont saccagés… La police répond et recouvre de gaz lacrymogènes la place de la République.

Résultat : le cortège est séparé en deux. D’un côté, les manifestants qui attendent de longues minutes pour pouvoir repartir vers la place de la Nation. De l’autre, des militants masqués plus radicaux prêts à s’affronter avec les forces de l’ordre et d’autres manifestants voulant continuer la manifestation dans le calme. Plusieurs commerces avaient anticipé ces violences et respecté la demande de la préfecture de police de fermer. Quelques banques et supermarchés ont même érigé des barricades. A 17 heures, la préfecture annonce avoir interpellé 87 personnes. Peu après, le cortège peut à nouveau passer. Alors que plusieurs manifestants sont partis, la marche reprend dans le calme et le froid parisien. La manifestation arrive sur la place de la Nation vers 18 heures et se termine dans une ambiance tendue.

Le déroulé de la manifestation dans ce thread Twitter

Je n’ai pas vu autant de monde depuis longtemps”, “c’est noir de monde”, entend‐on dans la manifestation, tout au long de l’après-midi. Mais cela sera‐t‐il suffisant ? Plusieurs manifestants le confient, “même si la mobilisation est forte, je n’attends rien du gouvernement”. “On sait qu’une journée ne suffira pas”, prévient Yves Veyrier. Pas question donc de s’arrêter là. Vendredi 6, la grève continue. A Paris, la RATP a annoncé que dix lignes de métro seront fermées. Avant, peut‐être, de nouvelles mobilisations dans la rue.


“On sait qu’une journée ne suffira pas. Notre objectif est d’élargir ce mouvement et de le poursuivre les jours suivants. Le gouvernement doit comprendre qu’il ne peut pas ne pas nous entendre”. Yves Veyrier, FO.