Journée de grève : calme plat à Châtelet

Avec 11 lignes de métros fermées et des risques de saturation sur les lignes automatiques, RATP promettait un « trafic extrêmement perturbé ». Reportage à Châtelet, station centrale du réseau de métro parisien, loin de la cohue annoncée.

Châtelet, 8h, jour de grève nationale. Centre névralgique du métro parisien, la station est desservie par cinq lignes différentes, dont la 1 et la 14, des lignes automatisées en fonctionnement normal pendant la grève. Mais surprise : exit les quais bondés, les démonstrations de colère des usagers excédés, les rames surchargées façon heure de pointe… la station de métro est calme. Inhabituellement tranquille, même. Seuls les agents de la RATP postés à chaque croisements et quelques couloirs fermés trahissent le mouvement social en cours.

« Il y a beaucoup moins de monde que d’habitude. J’ai même pu m’assoir dans le métro ce matin, ça ne m’arrive jamais ! », remarque Marie, 49 ans. « D’ordinaire, à cette heure ci c’est la cohue ! ». Cette femme de ménage à domicile vient de Porte de Clignancourt dans le Nord de Paris, jusqu’à Châtelet pour travailler chez un particulier qui habite le quartier. Elle n’a pas eu besoin de changer d’itinéraire. Pas de rallongement de son temps de transport non plus. « Par contre, j’ai du réduire considérablement ma journée de travail à cause de la grève. Normalement, je termine à midi mais exceptionnellement, je suis partie à 9h pour pouvoir rentrer chez moi ». En effet, la ligne 4 dont elle est usagère n’assure un service que jusqu’à 9h30.

Dans le métro, les passagers apprennent avec surprise, par une annonce en haut parleur, que le métro est direct jusqu’à la station Gare du Nord.

A la gare, les agents de la RATP hurlent à tue‐tête que le dernier métro de la ligne 4 va partir. Plus de service avant 17h. Une nouvelle qui suffit à faire courir les retardataires dans les couloirs. Un groupe d’étudiants s’en amusent. « Franchement, on a sauté dans le métro sans trop réfléchir, on ne sait pas vraiment où on va », avoue Océane, 20 ans. « On sortira à Châtelet, c’est au milieu de Paris, on verra bien après », ironise‐t‐elle.

Une heure de marche à pied

D’autres, moins chanceux, attendent sur le quai malgré l’annonce de la fin du service. Julie, 24 ans, travaille au Bon Marché. Elle habite à Saint‐Mandé, une commune du Val‐de‐Marne (94) à l’Est de Paris. D’ordinaire, un bus la conduit directement de chez elle à son lieu de travail. Mais la ligne 86 n’est pas en service aujourd’hui. Julie s’est rabattue sur le métro. La jeune femme a vu large : deux heures d’avance pour être certaine d’être à l’heure.

« J’étais presque déçue de voir si peu de monde ce matin, je pensais pouvoir éviter d’aller au travail aujourd’hui. C’est dommage, je n’ai plus aucune excuse », rigole‐t‐elle. Un agent en gilet vert lui apprend qu’elle vient de manquer le dernier métro de la ligne 4. « Et bien c’est réglé, je dirais que je suis coincée à Châtelet ! Parce que marcher dehors dans le froid pendant 40 minutes pour être payée au SMIC, c’est hors de question », plaisante‐elle. 

C’est pourtant l’option que de nombreux parisiens ont été contraint de prendre en cette journée de mobilisation. Michel, 58 ans, lit son journal sur les quais de la ligne 1. Autour de lui, ils sont à peine une dizaine à attendre le métro, bien que ce soit encore l’heure de pointe. « Beaucoup de gens ont pris leurs dispositions. Des collègues me proposaient encore ce matin de me déposer en voiture. J’aurais peut‐être dû dire oui », sourit‐il. Au lieu de cela, il a préféré marcher jusqu’à la station la plus proche de son domicile dans le 15e arrondissement, desservie par une ligne de métro. Résultat : une heure à pied pour arriver à Concorde. « Je me suis levé une bonne heure plus tôt, comme beaucoup de monde », confie‐t‐il. Mais « rien d’insurmontable » pour autant. « On est tous plus ou moins préparés pour aujourd’hui et le reste de la semaine. Ce qui m’embête le plus, c’est comment faire si ça continue sur la durée ». 

Les syndicats ont annoncé en début d’après-midi que la grève serait reconduite jusqu’à lundi.