Retraites : au fait, comment ça marche ailleurs en Europe ?

Sujet de crispation majeur, à l’origine du mouvement de grève du 5 décembre, les contours de la réforme des retraites restent encore flou. Une seule certitude : les différents systèmes devraient fusionner en un régime unique. La Newsroom s’est lancée dans un comparatif des régimes de retraite à l’échelle européenne. Accrochez-vous, ça va bien se passer. 

Commençons par le B. A. BA (faites‐nous confiance, c’est nécéssaire). En Europe, on distingue deux modèles historiques de retraite. 

Le premier, le modèle allemand, a été pensé par le chancelier Otto von Bismarck et mis en place en 1889. La pension de retraite façon Bismarck est fondée sur un système de solidarité entre les travailleurs. Le principe de contributivité prévaut : les pensions dépendent des cotisations versées. Le montant de la pension est donc calculé sur la rémunération perçue par les travailleurs pendant leurs années actives. 

Le modèle « bismarckien » est appliqué en Autriche, en Allemagne et en France notamment.

Le second modèle est anglais. Ce régime instauré par l’économiste William Beveridge en 1942 se fonde sur une base de revenus identique pour tous les travailleurs, dans le secteur public ou privé, qu’ils soient indépendants ou salariés. Le montant de la retraite « beveridgienne » est lié au nombre d’années de cotisation, non plus au niveau de rémunération. 

On retrouve ce modèle dans les pays d’Europe du Nord comme le Danemark, la Finlande, la Suède, mais aussi aux Pays‐Bas et évidement au Royaume‐Uni. 

Deux modèles, et c’est tout ?

Evidemment, les différents systèmes de retraites ne se résument pas à deux grandes catégories. Ce serait beaucoup trop facile. Il ne s’agit que de fondements théoriques sur lesquels reposent les régimes de retraite des Etats européens.

L’OCDE prévoit une classification plus précise qui se fonde sur trois piliers. Les deux premiers sont obligatoires, le troisième est facultatif. 

Le premier pilier se base sur un régime redistribution assuré par l’Etat pour assurer aux retraités un revenu minimum de base. Là encore, des variantes existent :

  • Les régimes liés à des conditions de ressources : les prestations de retraite sont versées en fonction des revenus ;
  • Les régimes universels : une retraite minimum est versée à tous les travailleurs sans conditions de ressources.

Le deuxième pilier est un régime contributif lié au niveau de rémunération. A nouveau, il existe différentes déclinaisons :

  • Les prestations définies : la pension dépend de la durée de cotisation et du salaire moyen de référence, sur l’ensemble de la carrière ou sur une période donnée (en France sur les 25 meilleures années dans le privé, 6 derniers mois dans le public).
  • Les régimes à cotisations définies en points : le salarié accumule des points en cotisant. ces points sont convertis en rente viagère à la retraite.
  • Les régimes à cotisations définies en comptes notionnels : les travailleurs accumulent leurs cotisations sous forme d’épargne notionnelle transformée en pension au moment de la retraite.

Le troisième pilier — facultatif — correspond à tous les compléments de retraite.

Si vous êtes toujours avec nous (et on l’espère), on vous félicite.

La France, championne d’Europe des régimes spéciaux ?

Certes, les fameux régimes spéciaux français sont au coeur des débats autour de la réforme des retraites. On en compterait 42 en France. Mais « régimes spéciaux », ça veut dire quoi au juste ? Dans le système de retraite actuel, on dénombre 42 régimes différents, que le gouvernement voudrait fusionner en un seul, universel. 

Mais au sens strict du terme, il existe seulement 11 régimes spéciaux comme celui de la SNCF, la RATP, de la Banque de France, des notaires, des cultes, etc. 

En Europe, des Etats comme l’Italie, l’Autriche, la Suède ont un système unique qui gère à la fois salariés du privé et salariés du secteur public. Mais même dans ces systèmes unifiés, certains corps de métiers comme les militaires ou les magistrats bénéficient d’un traitement à part. L’Espagne accorde un régime particulier aux mineurs, aux pêcheurs et aux marins. En Belgique, l’aviation civile est régie par un régime spécial. Il ne s’agit donc pas d’une spécialité française.

Mais la médaille d’or revient sans conteste au Royaume‐Uni, avec un système de retraite complètement fragmenté. Modèle beveridgien oblige (on va voir si vous avez bien suivi), Outre‐Manche il existe un minimum de retraite par répartition accordé à tous, la State pension. A cela s’additionnent des retraites par capitalisation : une partie des revenus du salarié est épargnée pour sa retraite. 

Les agents de la fonction publique britanniques sont quant à eux soumis au système de retraite des services publics. Un système qui se décompose en plus de 300 régimes spéciaux. Le titre revient donc à nos amis anglais, imbattables dans la catégorie régimes spéciaux.

Quid de l’âge de départ en retraite ?

Autre nuance : l’âge de départ en retraite diffère selon les Etats membres. Il va de 60 ans pour les femmes polonaises — car certains pays fixent des âges différents selon les genres — à 67 ans pour les salariés allemands.

Attention également, il faut distinguer l’âge légal à partir duquel le salarié peut prendre sa retraite, et l’âge effectif de départ en retraite, souvent plus tardif. 

L’âge moyen de départ à la retraite est basé sur le cas des hommes entrés sur le marché du travail à l’âge de 22 ans, selon les données de l’OCDE. L’âge « futur » est calculé en fonction de réformes déjà votées, qui sont mise en oeuvre progressivement dans les Etats membres.

En France, l’âge moyen actuel de départ à la retraite est de 63,3 ans pour les hommes et les femmes, et il devrait atteindre 66 ans après la finalisation des réformes actuelles. Le record de départ effectif précoce en retraite est détenu par le Luxembourg, où les salariés partent en moyenne à 60 ans.

Un des principaux leviers à disposition des Etats lorsqu’il s’agit de réformer les retraites est de reculer l’âge légal de départ. C’est le cas dans 18 Etats membres de l’Union sur les 28. La Belgique par exemple passera de 65 ans à 67 ans d’ici à 2030. Outre‐Manche, l’âge de la retraite sera fixé à 66 ans pour tous en 2020, contre 65 à l’heure actuelle. Les Pays‐Bas, eux, se basent sur l’espérance de vie de ses citoyens. A partir de 2022, les Néerlandais devront donc attendre leurs 67 ans et 3 mois pour partir en retraite.

A contre‐courant, la Suède a maintenu l’âge de départ à 61 ans. Mais le système suédois pousse les salariés à jouer les prolongations. En moyenne, ils partent à 66 ans, soit cinq ans après l’âge légal…

…Et soit, donc, l’âge pour l’instant retenu par Jean‐Paul Delevoye, Haut commissaire aux retraites, dont le projet de réforme déchaine les passions. Jeudi 5 décembre, ils seront selon les prévisions plus de 270 000 à manifester dans toute la France, dont 25 000 à Paris.