Peut‐on se fier aux simulateurs de retraites ?

Les simulateurs de retraites fondés sur le rapport présenté le 18 juillet par le gouvernement ont de plus en plus de succès auprès des Français. Mais difficile de savoir auxquels se fier, tant ils diffèrent les uns des autres. 

 

«Combien allez‐vous perdre ?» Mis en ligne par le syndicat enseignant SNES, la UNFSE‐CGT ou les opérateurs privés, les simulateurs de retraite par points annoncent tous une baisse des pensions par rapport à la retraite par répartition. Mais, à l’heure où la réforme est encore en discussion et les arbitrages en cours, les simulateurs sont fondés sur des hypothèses. C’est d’ailleurs bien ce que souligne la CGT dans un rapport publié sur son site: «Il est impossible pour la CGT d’anticiper ou de calculer les conditions de la transition».

Conséquence : ces simulateurs — tous différents — sont unanimement critiqués par le gouvernement. «Tous les simulateurs qui ont circulé (…) relaient de fausses informations» fustigeait mercredi 4 décembre le ministre de l’Education nationale Jean‐Michel Blanquer dans un entretien au Parisien.  Le gouvernement a présenté, à l’occasion du de la sortie du rapport du gouvernement le 18 juillet dernier, neuf simulations de retraites, à partir de cas concrets.  Dans ce dossier intitulé «pour un système universel de retraite», Jean‐Paul Delevoye, haut‐commissaire à la réforme des retraites, prenait alors l’exemple d’un étudiant, d’un salarié d’une entreprise ou d’une fonctionnaire et mettait en parallèle la retraite actuelle avec la retraite universelle proposée par le gouvernement. Le but? Montrer que la réforme permettra le «renforcement de l’équité» et «la valorisation de chaque période travaillée».  Jean‐Paul Delevoye prenait ainsi l’exemple de Karim, étudiant qui a travaillé cent heures rémunérées au SMIC comme baby‐sitter. Dans le cas d’une retraite par répartition, il a «l’obligation de faire 150 heures pour valider un trimestre». Cette cotisation n’était donc pas comptabilisée pour la retraite auparavant. Avec une retraite par points, «il aura cotisé et acquis 25 points pendant son activité professionnelle», ce qui lui offrira une «retraite de 14 euros», indiquait cette étude de cas du gouvernement. 

 

Pour le ministère des Solidarités et de la Santé, ces calculs constituent «une base» pour les organismes qui proposent des simulations de retraites. S’ils diffèrent les uns des autres, tant par leur forme que par leurs méthodes de calculs, leurs résultats inquiètent une partie des Français et grévistes de ce jeudi 5 décembre. 

Le simulateur du Snes‐FSU oublie les primes

Le plus polémique, le simulateur mis en ligne le 21 novembre par le Snes‐FSU, le syndicat des enseignants du second degré, etmaretraite.fr pointe «la perte» pour les fonctionnaires dans cette réforme. D’après Eric Staelen, spécialiste de la question des retraites au sein du syndicat interrogé par Le Parisien, les professeurs subiront «une perte comprise entre 300 et 900 euros selon les cas». Le simulateur met en regard le montant d’une retraite avec le système de répartition et celle calculée à partir du nouveau dispositif pour un même individu. Celui qui décide de simuler le montant de sa retraite doit indiquer la date où il a commencé à exercer une activité professionnelle, le nombre d’années où il a travaillé et ses heures supplémentaires. Les conclusions ? «Avant, les pensions s’élevaient à 75% de la moyenne de six derniers mois de salaires. Dorénavant, elles seront calculées, avec les points accumulés tout au long d’une vie», explique Eric Staelen. À titre d’exemple, un professeur qui a travaillé 43 ans verrait sa pension baisser de 938 euros. «Pour retrouver la pension actuelle, il faudrait faire huit heures supplémentaires et augmenter le salaire de 1500 euros par mois», assure Eric Staelen. 

Comment le syndicat parvient‐il à se résultat ? Il prend notamment en compte les heures supplémentaires et se fonde sur une carrière achevée au dernier échelon. Mais il n’intègre pas certaines primes et indemnités pour résidence ou éducation prioritaire. De quoi tromper le résultat, selon le gouvernement. Eric Staelen s’en défend : ces primes «ne s’appliquent pas de la même manière à tous les Français», justifie le spécialiste des retraites. Jean‐Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale a lui assuré que “les pensions de retraite des professeurs ne baisseront pas” dans une interview au Parisien. 

De son côté, le site des cadres de la CGT a essayé de calculer la retraite de l’ensemble des fonctionnaires pour les salariés de catégories A, B et C. Les questions posées à l’internaute pour calculer sa retraite diffèrent de celles du SNES: le syndicat s’intéresse à l’année de naissance et au salaire de la personne chaque année travaillée, pour en faire la moyenne, et ainsi obtenir le montant de la retraite avec le système par points. «L’hypothèse est celle d’un départ ouvert à 62 ans, d’un âge pivot à 64 ans, d’un taux de rendement de 5% pour 28% de cotisations», explique leur site. Si l’on reprend l’exemple des primes pour les enseignants, cet élément n’est que partiellement pris en compte par le syndicat enseignant Snes‐FSU,  ici estimé à 10%. Ce simulateur divise la retraite «par un nombre croissant de retraités attendus» pour aboutir à une baisse de la pension. Le bandeau du site est, à ce sujet, révélatrice: «Macron veut baisser ta retraite? De combien?». Contacté par 210News, le syndicat à refusé de répondre à nos questions. 

Simulateurs privés : trop flous

Quant aux simulateurs de retraites lancés par les opérateurs privés, peu d’éléments d’explication sur les méthodes de calculs sont mis en avant. C’est notamment le cas du site previs-sima.fr, dédié aux experts‐comptables affiliés à la caisse professionnelle Cavec.

Dans cette jungle des simulateurs, le gouvernement appelle à «la plus grande vigilance». «Chacun fait valoir ses propres intérêts», nous répond le ministère des Solidarités et de la Santé. «Mais il est impossible de faire la moindre simulation tant que les décisions ne sont pas rendues et que la réforme n’est pas fixée. Tout est fondé sur des hypothèses. Ils ne prennent pas en compte la majoration de 5% pour chaque enfant ou les revalorisations. Et s’ils intègrent des primes, comment les chiffrent‐ils?». Dans ce cas, pourquoi ne pas proposer un simulateur gouvernemental ? Le gouvernement s’y refuse. Pour l’instant, en tout cas. «Dès que les arbitrages seront rendus et la réforme fixée, nous en mettrons un en ligne», promet le ministère.