Sur les Champs‐Elysées, la vie continue pour les touristes

Alors que la grève bat son plein ce jeudi 5 décembre, les touristes sont, eux, peu préoccupés par le mouvement en cours. Sur les Champs-Elysées, des centaines de touristes se mêlent aux unités de gendarmerie. Reportage. 

 

Face à l’Arc de triomphe, une trentaine de touristes coréens, couverts de bonnets de toutes les couleurs, sourient à la caméra. Sous le regard amusé des forces de l’ordre, l’un d’entre eux fait signe de la de main à un gendarme, pour lui signifier de se joindre au groupe. La scène tranche avec l’air soucieux des forces de l’ordre postés place de l’étoile. Eux, travaillent ce jeudi 5 décembre pour éviter tout débordement lors de la manifestation contre la réforme des retraites. Une étrange atmosphère règne avenue des Champs‐Elysées, où seuls des touristes se mêlent aux unités de gendarmerie. 

La grève? «Je n’en avais pas entendu parler avant ce matin par notre chauffeur de bus touristique», explique Kim Qun, une Coréenne de vingt‐huit ans, en visite à Paris avec sa famille. Faute d’avoir pu visiter comme prévu, la Tour‐Eiffel et le Musée du Louvre — fermés en raison de la manifestation — ils se sont rabattus sur l’Arc de Triomphe. «Nous sommes contents d’être venus ici, mais nous aurions préféré aller à la Tour Eiffel. Cet après midi, nous poursuivrons notre visite de Paris sur l’avenue des Champs‐Elysées», explique t‐elle dans un anglais hésitant. Quant aux transports bloqués, «ce n’est pas un problème puisque nous avons pris des billets pour le bus touristique. Pour l’instant, il circule», se réjouit t‐elle. Sans se soucier des quelques sirènes de police qui recouvrent sa voix de temps à autre. Cette famille de Coréens poursuit sa visite puis s’arrête, stupéfaite, devant l’entrée qui mène à l’intérieur de l’Arc de triomphe. Son accès est bloqué en raison de la manifestation. 

“Je suis aux aguets en cas d’alerte”

Autour d’eux, quelques centaines de visiteurs déambulent sur la grande avenue des Champs‐Elysées, enveloppés d’un brouillard froid et épais. Parmi eux,  Evelyn et Robert, un couple brésilien, emmitouflés dans des écharpes et des protège‐oreilles, ne montrent eux non plus, aucun signes d’inquiétudes. «Je sais qu’il y a une grève mais je ne sais pas pourquoi. Ce n’est pas pratique pour nous parce que les transports sont bloqués et que ce n’est pas simple de se déplacer», regrette l’homme d’une trentaine d’année. Et de préciser, d’un ton rieur: «Ce ne sont pas les grèves qui vont nous arrêter, on vient du Brésil tout de même, c’est bien pire là bas! On s’adapte!»

Un touriste taïwanais, un appareil photo suspendu autour du cou, s’approche. «Vous parlez des ‘Jaunes’?» lance t‐il, faisant référence aux Gilets Jaunes. «C’est à cause d’eux qu’il y a des manifestations à Paris depuis plusieurs mois, et ce n’est certainement pas cela qui va m’empêcher de venir visiter Paris», conclut‐il avant de regagner paisiblement son bus touristique. Pourtant, si les touristes semblent peu préoccupés par la grève, le chauffeur de bus est, lui, sur ses gardes. «Pour l’instant, c’est calme. Mais l’ambiance est tendue dans le reste de la capitale et je préfère me méfier». A côté de lui, la radio mobile fournie par son entreprise, «Bis Bus Tours Paris», lui permet de se tenir au courant de possibles heurts dans Paris. Il soupire: «Je suis aux aguets en cas d’alerte, je ferai remonter tout le monde dans le bus et je ne m’arrêterai plus ici. J’ai l’habitude de toute manière, avec toutes les manifestations qui ont eu lieu à Paris ces derniers temps…». 

Un avis partagé par quatre amies irlandaises en visite pour la première fois à Paris. «C’est frustrant», s’irrite Amy, une femme blonde de dix‐neuf ans. «Et très pénible parce que les attractions touristiques de Paris les plus emblématiques sont fermées au public». Et c’est sans compter qu’elles doivent «se déplacer partout en taxi». Mais en attendant, «il faut s’adapter, et la vie continue, alors nous visitons Paris, autant que possible, malgré la grève». 

À quelques encablures de l’arc de Triomphe, la gérante d’une enseigne touristique constate, pour sa part, «une affluence moins forte de touristes que d’habitude». «J’ai un peu moins de clients que les autres jours, c’est à cause des transports, les touristes ont des difficultés à se rendre ici. Hier, des clients m’ont raconté qu’ils avaient avancé leur vol parce qu’ils avaient peur des manifestations à Paris!» , regrette t‐elle. «La majorité des visiteurs qui sont là aujourd’hui sont indifférents à la grève, mais il ne faut pas oublier tous ceux qui ne sont pas là, justement à cause de la manifestation».