Charnier de Paris-Descartes : “Je veux des réponses, mais j’ai peur”

Une semaine après les révélations sur le charnier dans les locaux de la faculté Paris-Descartes, les familles des défunts se mobilisent et comptent aller devant la justice.

C’est proche de l’indicible. J’ai du mal à penser que cela soit vrai. Je voudrais croire qu’ils l’ont examinée comme il fallait avant de l’incinérer.” Laurent, fonctionnaire à la Mairie de Paris, a perdu sa grand-mère en 2016. Bien avant sa mort, elle avait choisi le “don ultime” : celui de son corps à la science. Comme plusieurs centaines d’autres dépouilles chaque année, son corps a rejoint le Centre de don des corps (CDC) de l’université Paris-Descartes. Mais derrière les murs grisâtres de la faculté de la rue des Saint-Pères, au 5e étage du bâtiment, des centaines de cadavres, démembrés, grignotés par des souris ou encore placés dans des sacs poubelles, constituaient un véritable charnier.

Cette description s’appuie sur des photos datant de 2016, auxquelles L’Express a eu accès. L’hebdomadaire a révélé l’affaire il y a une semaine. Au-delà des conditions vétustes de conservation des corps, ces derniers auraient également été monnayés par morceaux à des industriels. Le parquet de Paris a depuis ouvert une enquête préliminaire. L’Union française pour une Médecine Libre (UFML) a, quant à elle, saisi l’Ordre des médecins. Un numéro d’appel a été mis en place par Paris-Descartes pour les familles des victimes, afin qu’elles puissent parler à un psychologue. Mais comment surmonter cette épreuve  ?

“J’ai commencé à avoir des images horribles en tête”

Tous ont appris la nouvelle dans les médias. “Quand j’ai lu l’enquête de L’Express, j’ai vu que les dates coïncidaient et que ma grand-mère faisait partie des corps, témoigne avec émotion Laurent. J’ai commencé à avoir des images horribles en tête. Je ne sais pas combien de temps je vais les avoir, c’est insoutenable…”. Le choc, avant la colère. Baudouin a perdu son père en 2017. Ce dernier a également légué son corps au CDC, durant la même période : “J’ai appris la nouvelle sur mon portable. Au début, c’était surréaliste. J’ai mis 24 heures à percuter, tellement c’était hallucinant”. 

C’est déjà très difficile de faire le deuil quand la personne a donné son corps à la science. Là, c’est encore pire”. Laurent se souvient de la rapidité avec laquelle tout s’est déroulé à la mort de sa grand-mère. L’appel au centre dans les deux heures pour transférer au plus vite le corps; puis plus rien. Silence radio pendant six mois. “J’ai alors appelé la faculté pour savoir ce que le corps était devenu. On m’a informé qu’il avait été incinéré et qu’on aurait dû m’envoyer une lettre pour m’en informer”. 

Le besoin de se réunir

Selon Jérôme Marty, président de l’UFML, “il y a des médecins vertueux qui ont démissionné, d’autres qui sont mouillés jusqu’au cou dans cette histoire et qui sont toujours là”. Le syndicat a saisi l’Ordre des médecins pour qu’il se prononce sur la nécessité de déposer une plainte. Les familles, elles, s’organisent comme elles peuvent. 

Baudouin a donc créé un groupe Facebook : “Proches des victimes du charnier de Descartes”. “On avait le sentiment d’être perdus, de ne pas savoir comment se réunir”. Les familles s’y retrouvent pour partager leur peine, mais aussi pour porter une action collective. Près de trente personnes vont ainsi retrouver leur avocat demain pour tenter un recours. Laurent souhaiterait rejoindre cette action : “Je ne demande pas d’argent, ça ne remplacera jamais la peine. Je veux des réponses, mais j’en ai peur”.