Réforme des retraites : cinq jeunes racontent pourquoi ils ont manifesté

La retraite, pour eux, ce n'est pas pour tout de suite. Les étudiants et lycéens étaient pourtant très mobilisés pour la journée de grève nationale du 5 décembre, contre la réforme.

Ils ont entre 16 et 23 ans. La retraite, ça parait plutôt loin. Les jeunes étaient pourtant très présents jeudi, dans le mouvement de protestation contre la réforme des retraites. Banderoles à slogan écologiste, précarité étudiante, solidarité avec les retraités, combat pour la retraite de leurs parents… les motivations ne manquent pas. La Newsroom leur a donné la parole.

Lisette, 19 ans, en deuxième année de sciences politiques à Paris I

“Le service public est en danger”

« Je suis là en solidarité avec plein de causes mais surtout contre la précarité étudiante. Ça touche presque un étudiant sur deux. C’est un moment important de mobilisation.

Je pense que le service public est en danger aujourd’hui. La réforme des retraites en est la preuve. J’ai 19 ans. Quand je serai à la retraite, la situation sera encore pire : il y aura eu mille réformes entre-temps. Nous, notre retraite, je n’ose même pas imaginer à quel âge on l’aura !  Je ne suis pas du tout optimiste sur mon avenir ! Je suis là pour me battre pour notre futur, pour conserver les avantages qu’on a en France et ne pas se faire avoir par les politiques. Surtout le discours mondialiste qui consiste à se comparer aux autres pays. Il faut se battre pour ce qu’on a, même si dans les autres pays, ils ne l’ont pas. »

Charlotte, 22 ans, en master d’histoire à la Sorbonne

“Pôle emploi n’a rien pour moi”

« Je suis là parce que je veux une retraite plus tard. Et une vraie retraite. Pas avoir moins de 1000 euros de pension alors que je me suis éreintée pour mes études, justement pour avoir une bonne situation. 

J’ai peur pour mon avenir. Je suis dans une filière précaire, en études nordiques et en langue française appliquée. Concrètement, si je vais à Pôle emploi demain, on va me dire qu’on n’a rien pour moi. 

Même si la retraite, ce n’est pas pour tout de suite, on est directement concernés. Ma retraite, elle est dans je ne sais combien de quinquennats ! Mais si on n’empêche pas cette réforme, on va laisser de plus en plus de dégradations passer. En tant que jeunes, on devrait tous être extrêmement concernés. »

Louis, 21 ans, en master d’affaires européennes et politiques sociales à Sciences Po

“Je fais mes études grâce à la pension de réversion de mon père”

« Ma première manif, c’était contre les retraites en 2003, sur les épaules de mon père. J’ai un attachement particulier à la mobilisation sociale et à ce système de retraite de solidarité qui nous permet tous de vivre. On doit le protéger parce que la solidarité, c’est ce qui fait sa beauté: on cotise pour soi mais aussi pour les autres.

Ça me touche personnellement parce que je fais mes études grâce à ce système. Je touche une pension de réversion parce que mon père est décédé. C’est une partie de sa retraite. Et je ne peux pas croire qu’on veuille revenir sur tout nos acquis sociaux, ça serait catastrophique. 

Ma mère est prof,  je ne la vois pas enseigner jusqu’à 67 ans. Il faut répartir le travail. Si on veut avoir du travail à notre entrée sur le marché, il faut qu’on puisse permettre à nos anciens de partir. Ils triment pendant 40 ans, et à la fin, ils méritent une retraite décente. »

Théo, 16 ans, lycéen

“Je suis heureux d’être ici avec mes profs”

« Je suis heureux d’être dans le cortège avec mes profs et mes amis du lycée contre cette réforme abjecte. Ils défendent leurs intérêts, nous les nôtres, mais c’est la même cause. On est concernés au moins pour soutenir nos parents. Et on est directement touchés. Plus on est jeune, plus on peut se battre pour son avenir, que ce soit en termes d’écologie, de réforme du bac, d’études …

Ce qui nous atteint, c’est aussi ce système de retraite à points. On fait partie d’une génération qui ne sait pas si elle travaillera directement. On peut très bien enchaîner des petits boulots et avec ce système on sera ultra pénalisés. Je n’ai ni envie de vivre dans une précarité étudiante, ni en tant que retraité précaire. »

Julie, 20 ans, étudiante en géographie

“J’ai peur pour nos libertés individuelles”

« Cette réforme, c’est une entrée pour contester un système général qui est injuste et qui va nous plonger dans la précarité, tuer la planète et accroître les inégalités. 

J’ai peur pour nos libertés individuelles. Il y a un tournant autoritaire qui s’est opéré. J’ai l’impression qu’on va vers des restrictions des libertés : le droit de manifester en France est bafoué. J’ai peur qu’on dérive vers un Etat autoritaire ! Je ne sais pas de quoi sera fait le futur mais je suis inquiète. 

On sait qu’en venant manifester, on court des risques ! C’est terrible de se dire ça. Il ne faut pas céder aux intimidations du gouvernement et de la police. Ils veulent qu’on reste chez nous et qu’on la ferme, mais non, on ne va pas la fermer. »