Le FC Nantes, une instabilité chronique

Résultats sportifs décevants, attaque inefficace, joueurs et entraîneurs de passage… Depuis treize ans et l’arrivée de Waldemar Kita, le Football Club de Nantes est au point mort. 

« Supporters du club, pas de ses dirigeants ! ». La banderole noire et blanche s’affiche en bas de la Tribune Loire, poumon du stade de la Beaujoire, escortée de chants hostiles à la direction du club. Lundi 8 décembre 2019, le Football Club de Nantes (FCN) reçoit Dijon, pour le compte de la 17e journée de Ligue 1. Comme à chaque rencontre — ou presque — depuis plusieurs années, le public nantais réclame le départ de l’investisseur franco-polonais Waldemar Kita, à la tête du club depuis l’été 2007, année de la descente du club en Ligue 2 après 44 saisons dans l’élite. « J’avais vu son arrivée comme une superbe bouffée d’oxygène », se souvient Guillaume Baret, journaliste sportif et commentateur du FCN jusqu’en 2019 pour radio SUN. « Après 2001 et le dernier titre, tout s’est enrayé. Les dernières présidences avaient été des fiascos ».

Le 17 août 2019, le FC Nantes affronte l’OM (0–0) pour le compte de la deuxième journée de Ligue 1. La Brigade Loire, le principal groupe de supporters nantais, a un message pour sa direction : « Rendez-nous le FCN » ©AlexisVergereau

Depuis bientôt treize ans, l’octuple champion de France navigue pourtant toujours en eaux troubles : aucun titre, aucune qualification européenne, deux passages en Ligue 2 et deux top 10 en huit saisons de Ligue 1.

« Il y avait une Sala dépendance »

Dans cette période sportive difficile, l’attaque nantaise est pointée du doigt. Son manque d’efficacité est devenu un problème récurrent. En témoignent des statistiques alarmantes. Lors de la saison 2008–2009, le FCN termine le championnat avec 33 buts, soit moins qu’Edinson Cavani, meilleur buteur de Ligue 1 en 2016–2017. En 2014–2015, le club connaît une importante disette de buts et s’offre le titre de la pire attaque de Ligue 1. Un problème qui, selon les supporters, n’a jamais été pris à bras-le-corps par les dirigeants du club. 

 

Ce n’est un secret pour personne. Pour qu’une attaque soit prolifique, il lui faut un grand buteur. Un atout qui manque cruellement à l’équipe. Depuis l’édition 2013–2014, seuls Filip Djordjevic et Emiliano Sala ont marqué au moins dix buts. Durant ses trois dernières saisons avant sa disparition tragique lors d’un vol vers Cardiff, le club qu’il devait rejoindre lors du mercato hivernal 2018, Sala avait inscrit à chaque fois 12 buts, faisant de lui le meilleur buteur nantais. Laissant derrière lui des milliers de supporters nantais, orphelins de leur idole argentine.

Le stade de la Beaujoire rend hommage à Emiliano Sala, son meilleur buteur durant trois saisons, mort le 21 janvier 2019 dans un accident d’avion. ©AlexisVergereau

« Il y avait une Sala dépendance », assure Guillaume Baret. « D’un point de vue comptable, il faisait beaucoup de bien à l’attaque. Si on prend les matchs où il ne marque pas, Nantes ne gagne pas. Depuis, on ne retrouve plus un joueur aussi bon de la tête et renard des surfaces ». 

Des transferts clinquants pour des déceptions 

Le mercato nantais et son balais incessant de joueurs suscitent également l’ire des supporters. En treize ans, 52 joueurs, soit près d’une recrue sur deux, n’ont arboré le maillot nantais qu’une seule saison. Une absence d’ossature qui ne permet pas au FCN d’avoir des velléités européennes. « Comment conserver les joueurs sans projet de jeu ? Waldemar Kita est l’un des seuls présidents qui, à chaque début de saison, ne fixe pas d’objectifs et d’ambitions pour son club », tance Guillaume Baret, qui dénonce aussi le manque de cohérence du club lors de la période des transferts : « C’est un mal nantais de vouloir recruter un joueur phare et de s’appuyer seulement dessus pour nous faire gagner ». Stefan Babovic en 2007, surnommé « le Messi des Balkans », Ivan Klasnic en 2008, « le Killer », Kolbeinn Sigthorsson, « le Hummer » et, en 2018, Anthony Limbombe, plus cher recrue de l’histoire du club (10 millions d’euros) et prêtée après seulement une saison… la liste des « flops » nantais est longue. 

L’instabilité nantaise est encore plus flagrante sur le banc nantais. En treize ans de présidence, Waldemar Kita a changé quinze fois d’entraîneur, dont six fois lors des quatre dernières éditions : un record en France. Une statistique encore plus significative quand on sait que l’un des élus, Michel Der Zakarian, a passé plus de cinq saisons dans le costume du coach : hormis le technicien franco-arménien, un entraîneur nantais passe en moyenne 20 journées sur le banc. « Ce turnover est dû à son ingérence dans le domaine sportif. C’est un dirigeant qui veut avoir les pleins pouvoirs. Il lui arrive même de se clasher avec son fils, Franck (directeur général, ndlr), qui a l’impression d’être un pantin », explique Guillaume Baret. Entre 1963 et 2001, le FC Nantes n’avait connu que cinq entraîneurs. 

« Gourcuff ou un autre, ça sera toujours la même issue ! », affiche le public nantais en Tribune Loire, le 17 août 2019. ©AlexisVergereau

Méthodologie 

Pour établir ces graphiques, nous avons créé notre propre base de données à partir de différents sites (l’Équipe, Footballdatabase, Ligue de Football Professionnelle). Nous sommes partis des données présentes sur le site Transfert Markt afin d’établir la durée de passage des joueurs du FC Nantes depuis la saison 2007–2008. Pour le graphique concernant les transferts, nous avons décidé de ne pas comptabiliser les joueurs faisant encore partie aujourd’hui de l’effectif nantais. Ils sont au nombre de 19. A propos des graphiques traitant de l’évolution du classement de la meilleure attaque, des buteurs nantais et du général de Ligue 1, nous avons décidé de ne pas comptabiliser les saisons du club en Ligue 2 (2007–2008 ; 2009 à 2013) pour ne pas biaiser les résultats.