L’inarrêtable production des séries

 

En quelques années seulement, les séries sont devenues un contenu audiovisuel incontournable. Face à l’appétit dévorant des spectateurs, les producteurs se sont rués sur ce marché, multipliant le nombre et les origines des créations.

A peine le générique de fin lancé, que l’épisode suivant commence. Impossible de s’arrêter, la tentation de continuer est trop grande. Pour combler nos envies, les producteurs ne cessent de créer de nouveaux contenus au succès mondial. Parmi eux, les séries The Crown, La Casa de Papel ou encore The Walking Dead ont rendu des millions de spectateurs accros. En juillet 2019, la série Stranger Things a même explosé les records, films et séries confondus : 40,3 millions de spectateurs Netflix dans 190 pays simultanément. Et les retombées financières de ce «binge-watching» (consommation de vidéos sans modération) ont été bien cernées par les chaînes de télé et autres services de vidéos à la demande (SVOD). 

En 2013 a lieu une révolution dans l’univers prolifique des séries : la première création originale de Netflix. Pour son coup d’essai, ce service de VOD s’offre les stars Robin Wright (Forest Gump) et Kevin Spacey (Usual suspects) pour un thriller politique, House of Cards. Aujourd’hui, Netflix c’est 167 millions d’abonnés dans le monde au dernier trimestre 2019 et 133 nouvelles séries produites, contre seulement 7 en 2013. On parle non seulement de créations originales que de séries dont Netflix a repris la production. 

Pour Guillaume Prieur, directeur des affaires institutionnelles et européennes au Centre National du Cinéma, la part importante de Netflix dans la production de séries est dûe aux nombreux avantages qu’elle propose. «Avec Netflix, tout va plus vite dans le processus de production et les créateurs ont beaucoup plus de libertés. Les chaînes françaises, qui doivent présenter un contenu fédérateur et consensuel, ne peuvent offrir de tels conditions.» Cette vision est complétée par Alain Carrazé, journaliste spécialiste des séries: « Les diffuseurs actuels en France, s’adressent à un public plutôt âgé, ils ne peuvent donc pas investir massivement dans des séries modernes et contemporaines. Reste à savoir ce que deviendront les grandes chaînes lorsque leur public va peu à peu disparaître ! » sourit-il.

La réussite de Netflix a convaincu d’autres diffuseurs de créer à leur tour leur canal de diffusion:  Amazon Prime Vidéo, Hulu, HBO Now, OCS, ou plus récemment Disney+ et Apple TV. Cette concurrence risque d’accélérer plus encore le nombre de séries créées : “Les grands studios auxquels Netflix avait racheté les droits sont en train de se créer leur propre plateforme, et retirent leurs contenus des autres diffuseurs. C’est le cas de la série Friends, rachetée par WarnerMedia, qui sera diffusé sur son site HBO Max” rappelle Alain Carrazé. 

Le point commun de ces champions de la série : ils sont américains. Dans le monde, les séries américaines inondent nos écrans au point de représenter 55% du total des séries créées en 2019. En 2005, la part des Etats-Unis était de moins d’un tiers.

Qui pour détrôner les Etats-Unis ? Personne ! Pourtant ce n’est pas faute d’essayer : le nombre de séries françaises créées chaque année a triplé depuis 2005 et les britanniques ont quadruplé. Ce qui leur permet de se positionner assez durablement sur le podium des pays producteurs. Malgré tout, l’avance américaine semble irrattrapable : en 2019, quand 1 série française naît, 6 voient le jour outre-atlantique. 

Pour Alain Carrazé, l’avance des Etats-Unis dans la création de séries ne date pas d’hier. « Les Etats-Unis produisent des séries depuis les années 50, alors qu’en France il y avait une espèce de snobisme de la part des créateurs qui considéraient la série comme un sous-genre audiovisuel. Les choses ont changé à partir des années 90. Nous n’avons pas pris le train à l’heure. » 

Derrière les Etats-Unis, la France conserve sa place grâce aux diffusions de séries sitcom et policières tandis que le Japon produit beaucoup de séries d’animation (anime) comme Death Note et autres One Piece qui ne quitte pas les écrans depuis 1998.

Créer des séries, c’est aussi une question de coopération. Les chiffres présentés dans le top 10 des créateurs de séries ne prend pas en considération les coproductions. Entre 2005 et 2010, on n’en comptait que 124 contre 386 entre 2010 et 2019. Un chiffre en constante augmentation qui rassemble de plus en plus de collaborations à trois, voire quatre pays. En 2018, c’est le cas pour Les Rivières Pourpres, série policière qui fait suite aux événement du best-seller éponyme de Jean-Christophe Grangé. Une coproduction franco-allemande diffusée sur France 2. 

Les plateformes de streaming l’ont d’ailleurs bien compris : chaque pays a un potentiel, pas toujours pleinement exploité, qui promet des retombées financières alléchantes. Par exemple, Reed Hastings, le fondateur et PDG de Netflix a annoncé, le 17 janvier, quelques temps après l’ouverture du siège parisien, que 100 millions d’euros seront investis dans des productions françaises en 2020. Un geste bienvenu pour rassasier les “binge-watchers” français, mais “peanuts” comparé aux milliards qu’il investit mondialement chaque année.

 

Méthodologie :

Nous avons extrait les données de toutes les séries référencées par le site français allociné.fr. Nous avons restreint le choix des données entre 2005 (date du lancement de la rubrique « séries » du site) et 2019 afin d’avoir les données les plus exhaustives possible. 8 609 séries ont été traitées.

allociné.fr étant un site étant français certaines productions étrangères ne sont pas référencées.