Affaire Griveaux : six choses à savoir sur Juan Branco, le «conseiller juridique» de Piotr Pavlenski

Proche des Gilets jaunes, ancien avocat de WikiLeaks et de Julian Assange en 2015, Juan Branco est une figure de l'opposition à Emmanuel Macron. Dans l'affaire des vidéos intimes de Benjamin Griveaux, le rôle exact de l'avocat et essayiste reste encore trouble.

Être au coeur des dossiers fortement médiatisés, ce n’est pas une première pour Juan Branco. Depuis vendredi, l’avocat refait parler de lui : il assure avoir conseillé juridiquement Piotr Pavlenski, l’activiste russe à l’origine de la diffusion de la vidéo ayant conduit au retrait de Benjamin Griveaux de la campagne des municipales.

Une enfance dorée

À seulement trente ans, Juan Branco affiche un CV disponible en ligne bien chargé. Né le 29 août 1989 à Estepona en Espagne, il émigre avec ses parents et grandit à Paris entre le 5e et le 6e arrondissement. Il est le fils de Paulo Branco, producteur portugais de cinéma d’art et d’essai, et de la psychanalyste espagnole Dolores López.

Il entre alors à l’École alsacienne, une école privée et prestigieuse de la rive gauche parisienne. Venant d’un milieu très privilégié, le jeune Juan est complexé : « J’ai eu très vite une paranoïa du côté ” fils de “, j’avais l’obsession de me construire par moi-même », s’est-il confié à France Info en mai dernier. L’avocat estime avoir toujours eu un regard critique sur le fonctionnement des écoles prestigieuses et « un grand mépris pour le conformisme de tous ces héritiers, ces bourgeois ».  Mais ce système, Juan Branco ne le rejette pourtant pas tout de suite. En 2007, il intègre Sciences Po Paris et étudie en même temps le droit et la philosophie à la Sorbonne.

Avocat de WikiLeaks et de Gilets jaunes

En 2015, Juan Branco se fait connaître par les médias en devenant le conseiller juridique du fondateur des WikiLeaks, Julian Assange, poursuivi par les autorités américaines pour « piratage informatique ». L’avocat au barreau de Paris, qui a prêté serment en avril 2017, a aussi très vite soutenu l’action des Gilets jaunes. Il a défendu alors gratuitement plusieurs manifestants et s’est rapproché de certaines personnalités du mouvement comme Maxime Nicolle aussi connu sous le pseudo « Fly Rider ».

En juin 2019, il est à l’origine d’une plainte déposée à la Cour Pénale Internationale contre l’Union européenne et ses États membres pour « crimes contre l’humanité » en raison de la mort des milliers de migrants dans la mer Méditerranée.

Du parti socialiste à l’extrême gauche

Parallèlement à sa carrière d’avocat, le Français d’origine espagnole s’est engagé en 2012 pour la campagne présidentielle de François Hollande et a travaillé au « pôle culture, audiovisuel et médias », dirigé par la député Aurélie Filippetti.  Il a revendiqué avoir occupé un poste de directeur de cabinet de la future ministre de la Culture, ce que l’intéressée a démenti au micro de France Info en mai dernier : « C’est ridicule. Il n’y a pas de directeur de cabinet pour un député. » Une fois la députée socialiste de Moselle élue au ministère de la Culture, il est écarté et ne rejoint pas le cabinet.

Se rapprochant des milieux d’extrême gauche, il s’engage un temps aux côtés de la France Insoumise. Il s’est d’ailleurs présenté sous l’étiquette du parti aux élections législatives de 2017 dans la 12e circonscription de Seine-Saint-Denis. Il s’inclinera dès le premier tour avec 13,94 % des voix. Interrogé au micro de BFMTV ce dimanche, Jean-Luc Mélenchon a refusé tout lien entre son parti et celui qui fut aussi son avocat lors d’une affaire en 2017.

Auteur d’un best-seller attaquant la macronie

Le 21 mars 2019, il sort son livre, Crépuscule, un réquisitoire politique anti-Macron qui devient un succès d’édition en quelques semaines. Dans ce pamphlet, l’essayiste s’attaque aux liens supposés entre le chef d’Etat, « l’oligarchie » et les médias. L’ancien avocat de Julian Assange dénonce une complicité des journalistes et reproche notamment à ses derniers de ne pas avoir enquêter sur les relations entre Emmanuel Macron et “les puissants”.

Son ouvrage atteint rapidement la première place dans la catégorie « essais » du classement de Livres Hebdo. Et se trouve à la 16e place du palmarès de l’Express et de RTL des meilleurs ventes 2019. Selon son éditeur, près de 70 000 exemplaires auraient été vendus.

Un rôle encore insaisissable dans l’affaire Benjamin Griveaux

Dimanche, le trentenaire a accusé le parquet de l’empêcher de représenter le réfugié politique et sa femme. Pourtant, plusieurs médias affirment que Juan Branco n’a pas été désigné par Piotr Pavlenski. Selon l’Obs, l’activiste russe a bien « consulté » l’avocat « avant de mettre la vidéo en ligne » le mercredi 12 février. En revanche, jamais il ne l’a choisi dans les procédures judiciaires le visant. Dès le samedi après-midi, Piotr Pavlenski avait d’ailleurs désigné l’avocate pénaliste Marie-Alix Canu-Bernard. Si Branco doit intervenir dans cette affaire, ce sera sûrement pour être interrogé sur son rôle dans la diffusion de la vidéo.