Affaire Le Scouarnec : «Difficile de signaler une suspicion de pédophilie tant qu’il n’y a pas d’acte avéré»

La cellule investigation de Radio France a dévoilé lundi que le chirurgien Joël Le Scouarnec, accusé de plusieurs centaines d'agressions sexuelles, avait été signalé en 2006 par un collègue mais avait pu continuer à exercer. Comment réagir en cas de suspicion de pédophilie ?

349. C’est le nombre de victimes présumées de Joël Le Scouarnec selon la justice. Il comparaîtra mi-mars prochain pour abus sexuels sur quatre mineures, alors que 246 plaintes ont été déposées. Dès 2006, l’ancien chirurgien avait été signalé par Thierry Bonvalot, alors président de la commission médicale d’établissement de l’hôpital de Quimperlé (Finistère) selon les informations de la cellule investigation de Radio France. Martine Brousse, présidente de l’association La Voix de l’Enfant, partie civile dans cette affaire, pointe la difficulté de parler de suspicion de pédophilie.

Comment peut-on prévenir des actes de pédophilie du personnel soignant dans les hôpitaux ? 

Il faut déjà s’assurer qu’il n’y ait aucun antécédent lorsque le personnel soignant est recruté. En théorie, les hôpitaux doivent systématiquement interroger le FIJAISV, le Fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes. Il nous paraît également important qu’aucun médecin, ni infirmier ne puisse être seul avec un patient, dans une chambre avec la porte fermée. Soit ils sont deux, soit la porte est au moins entre-ouverte. Mais le problème c’est qu’on n’en parle pas dans les milieux professionnels. C’est complètement tabou. Il faut en parler, faire des réunions, informer. 

Aujourd’hui, existe-t-il une procédure pour signaler une suspicion de pédophilie ? 

Non… C’est difficile tant qu’il n’y a pas d’acte avéré. Mais si on arrive déjà à signaler tous les cas avérés, on aura fait un grand pas en avant. Les lois le permettent, ainsi que les numéros verts comme le 119. Il y a des cellules d’information dans tous les départements de France. 

Par contre, si l’acte est avéré, tout le monde a l’obligation d’en référer aux autorités compétentes. Avant d’être médecin, nous sommes tous citoyens. (…) Aujourd’hui, on peut être poursuivi pour non-dénonciation (jusqu’à trois ans de prison et 45000€ d’amende, ndlr). Les médecins étaient tenus au secret médical, maintenant ils en sont relevés pour des cas comme la pédophilie (art. 226–14 du Code pénal, ndlr). De plus en plus de médecins le font. (…) Il y a également des équipes référentes dans de très nombreux hôpitaux en matière de maltraitance.   

L’Association La Voix de l’Enfant est partie civile dans l’affaire Le Scouarnec. Qu’attendez-vous de la procédure ? 

C’est une affaire assez particulière, notamment à cause du nombre présumé de victimes (349, ndlr). Et puis comment un médecin a‑t-il pu violer des patients dans une salle de réanimation ? Tout ça pose énormément de questions, et seule l’instruction pourra nous dire ce qu’il s’est passé.