Avec Bombardier, Alstom rêve d’être numéro deux mondial du rail

Alstom rachète la branche transport de l'entreprise canadienne Bombardier. Un deal qui devrait permettre au constructeur ferroviaire français de devenir le champion européen du secteur.

Nouvel épisode pour Alstom. Le constructeur ferroviaire français a annoncé lundi avoir signé un accord pour racheter Bombardier Transport, branche ferroviaire du conglomérat canadien. Le montant de la transaction se situe entre 5,8 et  de Bombardier Transport, pour un prix compris entre 5,8 et 6,2 milliards d’euros. Le PDG d’Alstom Henri Poupart-Lafarge a assuré que ce rachat de ne vas “pas du tout” menacer l’emploi.

Décryptage des différents enjeux de ces négociations pour le constructeur ferroviaire français.

  • Profiter de la mauvaise posture d’un concurrent

Avec une dette de plus de 8 milliards d’euros, Bombardier vit une situation difficile. Le constructeur canadien a besoin de liquidités pour procéder au remboursement et doit vendre certaines de ses activités. Selon Yves Crozet, ancien président du laboratoire d’économie des transports, cette situation est « une aubaine pour Alstom. C’est comme si Casino avait l’occasion de racheter les magasins Leclerc. C’est une occasion rêvée. »

D’autant plus que les deux groupes ont déjà travaillé ensemble, ce qui facilite les négociations. En 2017, ils avaient décroché ensemble le « contrat du siècle » : un appel d’offre concernant les rames des nouveaux RER. « Il s’agissait de concurrents de proximité, explique Yves Crozet, les rapprochements ne posent pas de problèmes. »

  • Devenir le champion européen et concurrencer la Chine

Avec cet accord, Alstom devrait changer de dimension. « Ils vont passer de 8 à 15 milliards d’euros de chiffre d’affaires », calcule Yves Crozet. Cette stratégie s’accompagne d’un regroupement de leurs activités. En 2015, après des tractations controversées, Alstom avait vendu sa branche énergie au géant américain Général Electric. Depuis, le groupe s’est recentré autour de ses activités ferroviaires, avec pour objectif de devenir un acteur majeur de ce secteur.

Le rachat de Bombardier Transport permettrait à Alstom de consolider fortement sa place à l’échelle mondiale. L’objectif est double : devenir le champion européen incontesté, en distançant l’entreprise allemande Siemens, après le projet de fusion annulé, et se rapprocher du numéro un chinois, le « titan du rail » : CRRC.

  • Que dira Bruxelles ? 

Dans le cadre d’un accord, Alstom surveillera scrupuleusement les réactions de Bruxelles. En février 2019, la Commission européenne avait mis fin au projet de fusion entre Alstom et Siemens, en invoquant des problèmes de concurrence. Si les deux entreprises s’étaient rassemblées, elles auraient été largement majoritaires en Europe dans le secteur des trains à grande vitesse. Margrethe Vestager, la commissaire danoise à la concurrence, avait alors décidé que l’enjeu de la concurrence en Europe passait devant la nécessité de constituer un champion européen capable de tenir tête à la Chine.

La dynamique n’est pas la même aujourd’hui, selon Yves Crozet : « Bruxelles ne peut pas systématiquement bloquer l’émergence d’un champion européen. Là, c’est une proie canadienne donc si la Commission interdit à Alstom de les racheter, ils ne peuvent pas autoriser Siemens. Ce serait alors soit une entreprise japonaise soit un groupe chinois qui l’emporterait ».

L’adversaire principal serait donc Siemens, qui voit ce rachat d’un mauvais œil. « Il va y avoir des manœuvres de couloir, prédit Yves Cozet. Siemens peut agir auprès des commissaires européens. » L’une des possibilités serait aussi d’obliger Alstom à vendre certaines de leurs activités, pour éviter de se faire doubler par un concurrent européen irrattrapable.

Mardi 18 février, le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, s’entretiendra avec la vice-présidente de la Commission européenne, Margrethe Vestager, à propos du rachat par le groupe français du canadien Bombardier Transport. Par le passé, cette femme politique danoise s’était opposée à la fusion entre Alstom et Siemens.