Chirac en 1977, Buzyn en 2020 : même combat, même campagne éclair ?

En 1977, Jacques Chirac conquiert l’Hôtel de Ville de Paris après seulement deux mois de campagne. 43 ans après, Agnès Buzyn pourrait-elle réitérer l’exploit ?

L’exécutif avait préparé ses répliques. Invitées aux micros respectifs des matinales de Sud Radio, France Inter et LCI, Brune Poirson, secrétaire d’État auprès de la ministre de la Transition écologique et solidaire, Aurore Bergé, porte-parole de LREM et Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement, l’ont martelé : Agnès Buzyn sera la candidate du «rassemblement». Qu’importe qu’elle ne se soit lancée dans la course à la Mairie de Paris, déjà mouvementée, seulement un peu plus d’un mois avant le suffrage. «Jacques Chirac, en 1977, s’est déclaré deux mois avant», rassure Sibeth Ndiaye. 

Retour en arrière. Les élections municipales de Paris, en 1977, marquent un tournant : pour la première fois, et sur décision du président de la République Valéry Giscard d’Estaing en 1975, les Parisiens élisent leur maire au suffrage universel indirect. Jusqu’alors, ils votaient pour un président du Conseil municipal de Paris. En 1977, le candidat de l’Elysée, largement favori, est Michel d’Ornano, ministre de l’Industrie. 

En décembre 1976, Jacques Chirac, qui a démissionné de son poste de Premier ministre en juillet et qui est désormais en conflit ouvert avec Giscard et son parti l’UDF, crée le RPR… et se lance dans la foulée dans la course à la mairie. A seulement deux mois du scrutin.

Contrairement à d’Ornano, il n’est pas Parisien : il représente surtout la Corrèze, sa région natale. A coups de bains de foule qu’il affectionne particulièrement, de porte-à-porte et de repas à base de tête de veau, la popularité de l’ex-Premier ministre dépasse bien vite celle de son adversaire. Résultat : à droite, il lamine d’Ornano dès le premier tour. Au second tour, la liste UDR triomphera finalement de celle de l’Union de la gauche. Et Chirac devient, le 13 mars 1977, le premier «maire» de Paris depuis Jules Ferry. 

Comme l’ancien président, Agnès Buzyn est une candidate tardive à l’Hôtel de Ville. Elle aussi est une ancienne ministre et fait figure d’outsider, alors que les sondages donnent pour le moment gagnante la maire sortante Anne Hidalgo. Chirac, Buzyn, même combat ?

Deux profils aux antipodes

«Ça n’a rien à voir, tempère le spécialiste d’histoire politique Christian Delporte. Le rapport de force est totalement différent. Il était extrêmement favorable à la droite en 1977. Il ne l’est pas du tout aujourd’hui.» D’autant que la maire actuelle dispose d’alliances locales plutôt solides et que le jeu politique est beaucoup plus complexe qu’à l’époque de Chirac.

D’autant que le profil politique d’Agnès Buzyn est radicalement différent de celui de Jacques Chirac, même à l’époque, souligne Christian Delporte. Nommée ministre des Solidarités et de la Santé dès mai 2017 par Emmanuel Macron, Agnès Buzyn est un pur produit de la société civile. La spécialiste d’hématologie et d’immunologie a effectué la majeure partie de sa carrière à l’Université Paris-Descartes et à l’Hôpital Necker, avant d’occuper des places au sein des administrations de plusieurs autorités sanitaires — notamment la présidence du collège de la Haute Autorité de Santé.

En 1977, Jacques Chirac est lui chef du RPR qu’il a lui-même créé, et a dix ans de politique derrière lui. Député de la Corrèze depuis 1967, il a occupé les secrétariats d’Etat au Problèmes de l’emploi, et à l’Economie. Nommé par le président Pompidou ministre délégué aux Relations avec le Parlement en 1971, il est successivement ministre de l’Agriculture, puis de l’Intérieur. En 1974, Valéry Giscard d’Estaing fait de même de lui son Premier ministre, poste dont il démissionnera donc en 1976. Bref, les carrures politiques de Buzyn et de Chirac divergent complètement.

«Chirac, c’est plutôt Villani»

La candidature d’Agnès Buzyn ressemble davantage à celle de Michel d’Ornano : comme lui, elle est la championne de l’Elysée. Et contrairement à Ornano, ce soutien présidentiel peut lui porter préjudice : Emmanuel Macron ne jouit pas des même taux de popularité que Giscard en 1977. 

Pour Eric Delporte, «Chirac, c’est plutôt Villani.» Cédric Villani, candidat dissident issu de LREM, a d’ores et déjà contacté Agnès Buzyn et «posé ses conditions pour envisager d’éventuelles convergences», a révélé au Figaro l’équipe du candidat détenteur de la médaille Fields. Ce dernier avait divisé l’électorat LREM en annonçant qu’il maintenait sa candidature, alors même que le parti présidentiel lui avait préféré Benjamin Griveaux pour l’investiture à Paris.

«Dans le camp de la majorité, Chirac comme Villani créent une dissension, une nouvelle dynamique», explique Christian Delporte. Si l’Histoire se répète, Agnès Buzyn et la majorité auraient donc plutôt de quoi s’inquiéter.