Affaire des emplois présumés fictifs : de quoi est soupçonné François Fillon ?

Le procès sur l'affaire des emplois présumés fictifs impliquant François Fillon, son épouse Pénélope et son ancien suppléant à l'Assemblée Marc Joulaud s'ouvrira le 24 février prochain à Paris. Retour sur les chefs d'accusation.

En pleine campagne pour l’élection présidentielle de 2017, l’affaire des emplois fictifs avait plongé dans la tourmente François Fillon, alors candidat du parti Les Républicains. Près d’une semaine avant l’ouverture d’un procès très attendu, retour sur les chefs d’accusation qui visent l’ancien Premier ministre François Fillon, son épouse Pénélope ainsi que son ancien suppléant, Marc Joulaud.

François Fillon et Marc Joulaud accusés de détournement de fonds publics

Durant leurs mandats de députés de la Sarthe, François Fillon et Marc Joulaud ont salarié Pénélope Fillon, en tant que collaboratrice parlementaire. Des prestations jugées « fictives » ou « sous-évaluées » qui font aujourd’hui l’objet d’une poursuite pour « détournement de fonds publics ». Penelope Fillon est jugée pour complicité et recel de ce délit.

Ses contrats de 1998 à 2002, de 2002 à 2007 puis de 2012 à 2013 lui auraient permis de percevoir plus d’un million d’euros. Pourtant, selon les juges, le travail de Pénélope Fillon auprès de son mari n’est pas tangible. Les documents présentés comme « preuves » s’apparentent davantage aux « faits et gestes banals » d’une « épouse et mère de famille ».

Pour les magistrats, les époux Fillon ont tout fait pour « dissimuler » cette activité, connue d’un tout petit cercle. Ils jugent exagéré « l’argument de la discrétion cultivée par Penelope Fillon ».

Le prêt  « oublié »

En 2012, un prêt de 50 000 euros fait par François Fillon a été accordé par Marc Ladreit de Lacharrière, dirigeant d’entreprise Français proche de l’ex-député,  dans le cadre du financement des travaux de rénovation de la maison de l’ex-député. Celui-ci a été remboursé après le déclenchement de l’affaire.

L’ancien Premier ministre, qui avait déclaré à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) un prêt bancaire d’un même montant et ayant la même finalité, a dit ignorer qu’il fallait déclarer les prêts entre particuliers.

Les emplois des enfants

François Fillon est aussi soupçonnée d’avoir « accaparé » les fonds disponibles de son crédit collaborateur en employant successivement, de 2005 à 2007, ses deux aînés Marie et Charles comme assistants parlementaires alors qu’il était sénateur de la Sarthe.

La même question que pour son épouse se pose, à savoir, la « réalité » de leur travail, alors que Marie Fillon, en même temps que cet emploi, était en stage à plein temps dans un cabinet d’avocats. Son frère, lui, rédigeait un mémoire de DEA. Les salaires perçus, évalués à 117 400 euros, étaient reversés en grande partie à François Fillon.

Les enfants Fillon n’ont pas fait l’objet de poursuites. Leur mère est jugée pour recel.

Une mystérieuse conseillère littéraire

Madame Fillon aurait été embauchée comme conseillère littéraire au sein La Revue des deux mondes, gérée par Marc Ladreit de Lacharrière, grand ami de François Fillon. Elle avait deux missions principales : réfléchir à la relance de ce titre qui périclitait et rédiger des notes de lecture. Seules deux de ces notes ont été publiées à l’automne 2012.

Pour les magistrats, cet emploi de conseillère était uniquement destiné à satisfaire la demande « d’un homme politique influent ». En parallèle de ce travail, elle avait accepté un nouvel emploi d’assistante parlementaire de son époux, élu député de Paris.

Marc Ladreit de Lacharrière a plaidé coupable pour un emploi en partie fictif, rémunéré à hauteur de 135 000 euros. Il a été condamné en décembre 2018 à huit mois d’emprisonnement avec sursis et 375 000 euros d’amende pour abus de biens sociaux.

Les époux Fillon comparaissent pour complicité et recel de ce délit.

Irène Ahmadi