Macron et le «séparatisme islamiste» : qui finance les mosquées en France ?

Le président de la République est en visite à Mulhouse (Haut-Rhin) où il doit lancer son plan de lutte contre le « séparatisme islamiste ». Il est notamment attendu sur la question des financements étrangers des moquées.

Jour 1 du plan d’Emmanuel Macron contre le « séparatisme islamiste ». Le président de la République est en visite ce mardi à Mulhouse (Haut-Rhin), où il est notamment attendu sur la question du financement des mosquées. La ville n’a pas été choisie au hasard : le quartier de Bourtzwiller, où le président déjeunera, a été identifié comme l’un des quartiers concernés par la « reconquête républicaine ».

En avril 2018, le président avait déjà soulevé la question sur TF1. « Je veux que le financement étranger soit organisé sous le contrôle de l’État et transparent, avait assuré Emmanuel Macron. Je ne veux plus de mosquées qui s’ouvrent avec des financements cachés, je ne veux plus de gens qui utilisent l’argent du pèlerinage pour financer n’importe quoi », avait-il surenchéri.

Au programme de la journée, la question du financement des mosquées par des fonds étrangers. En France, et depuis la loi de 1905 sur la laïcité, l’État ne peut participer au financement des lieux de cultes. Selon un rapport sénatorial datant de l’été 2016, 80% du financement des lieux de cultes musulmans proviennent des fidèles, lors du ramadan, période de jeûne pour les musulmans durant laquelle ils sont invités à faire l’aumône, la zakat. A titre d’exemple, à Massy dans l’Essonne, la communauté musulmane serait en mesure de rassembler environ 500 000 euros par an, selon le rapport.

 Un financement marginal mais médiatique

Le financement de lieux de cultes par des pays étrangers constituent donc une minorité des dons. L’Arabie saoudite, la Turquie, le Maroc, l’Algérie et le Qatar se partagent l’essentiel des financements étrangers de mosquées en France. Seulement, les projets sur lesquels ces pays sont impliqués sont souvent des projets d’envergures et médiatiques.

Ainsi, l’Algérie finance la Grande Mosquée de Paris à hauteur de 2 millions d’euros. Le Maroc est propriétaire de la mosquée d’Évry, et en finance d’autres à Saint-Etienne, Strasbourg et Mantes-la-Jolie. En 2016, le royaume chérifien a déboursé 6 millions d’euros pour les travaux de construction et de rénovation de mosquées, ainsi que pour la rémunération d’une trentaine d’imams. La même année, l’Arabie saoudite a également contribué à hauteur de 3,7 millions d’euros. Huit mosquées ont été partiellement financées par le royaume saoudien. Parmi elles, la Grande mosquée de Saint-Denis ou encore celle de Strasbourg. Mais le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale, Mohammad bin Abdulkarim Al-Issa, avait créé la surprise en janvier en annonçant que l’Arabie Saoudite comptait mettre fin aux financements de mosquées en dehors des frontières du pays.

Ces financements étrangers ne proviennent pas seulement d’États, mais aussi de personnalités ou d’organismes privées. Ce sont ces acteurs qui suscitent le plus d’inquiétude pour les autorités car ils sont plus difficilement identifiables. Or, si les États acceptent de communiquer sur leurs subventions, ils sont plus réticents à divulguer l’identité des mécènes privés.

Quelle influence idéologique

Qui finance, influence dit-on. Dans leur ouvrage Qatar Paper, les journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot dévoilaient les financements qataris en Europe et en France, via l’ONG Qatar Charity. « Le problème c’est que la vision soutenue par Qatar Charity est proche de celle des frères musulmans », explique aux Ateliers du CFJ Georges Malbrunot. Ce mardi, Emmanuel Macron a pris soin d’éviter la mosquée An-Nour de Mulhouse, financée à hauteur de 14 millions d’euros par Qatar Charity, et gérée par l’Association des musulmans d’Alsace (AMAL), réputée proche des Frères musulmans.

En France, les mosquées salafistes connues n’ont pas été soumises à cette idéologie venue d’en haut, ou d’ailleurs. Dans la plupart des cas, une mosquée devient un lieu de culte salafiste quand un groupe de croyants fondamentalistes imposent son dogme aux autres fidèles. « Les salafistes se comportent comme des coucous, explique ainsi au Point Bernard Godard, ancien fonctionnaire des renseignements généraux, et spécialiste de l’islam en France. Ils font leur nid dans une mosquée existante qu’ils reprennent en main. La plupart des mosquées identifiées comme telles (Longjumeau, Noisy, ou Stains) sont en fait des communautés qui ont été prises en main par des salafistes locaux ». 

Jusqu’à 600 imams détachés en France pendant le ramadan

Reste que le financement de l’islam en France ne passe pas seulement par le transfert d’argent, mais aussi par le détachement d’imams, de façon permanente ou à l’occasion du ramadan. Ils seraient 300 détachés de façon permanentes, et 300 à l’occasion du ramadan. Près de 200 imams marocains sont ainsi envoyés en France chaque année, une centaine d’autres proviennent d’Algérie et de Turquie.

La venue de ces imams est encadrée par des accords diplomatiques bilatéraux, mais certains oulémas échappent à la surveillance de l’État français, et se rendent en France avec des visas touristiques, selon la sénatrice UDI Nathalie Goulet, auteure du rapport sur l’islam en France. Pour l’essayiste Didier Leschi, auteur de Misère(s) de l’islam de France, le problème de l’envoi de religieux, « c’est que ça déresponsabilise les responsables musulmans sur la question de la mise en place d’un corps d’imams » sur le sol français.