Virus de la tomate : cinq questions sur le «ToBRFV», qui menace la filière française

Le ministère de l'agriculture a confirmé lundi 17 février la contamination de fruits en serre dans le Finistère par le virus ToBRFV.

L’exploitation du Finistère, qui avait été placée sous séquestre en attendant les résultats définitifs, est bien contaminée par le « tomato Brown rugose fruit virus » (ToBRFV), aussi appelé le virus de la tomate. Sans danger pour les humains, le virus représente une menace pour la filière et fait peser un risque économique. Voici ce qu’il faut savoir.

Qu’est-ce que le virus de la tomate ?

Le 3 février, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) a mis en garde les producteurs dans un avis contre le ToBRFV, un nouveau virus « particulièrement dangereux pour les plantes qui y sont sensibles. » L’Anses prévient que les productions de piments et de poivrons peuvent aussi être infectées par le virus.

Le virus de la tomate se transmet par les semences, les plants et les fruits infectés. Il peut survivre longtemps à l’air libre sans perdre son pouvoir infectieux, le rendant d’autant plus virulent. Le virus peut pénétrer dans la plante par un simple contact physique avec un porteur de virus : un oiseau, un outil de travail, des mains… « Une fois dans la plante, il se propage de cellule en cellule et gagne les tissus vasculaires avant d’envahir la plante entière », détaille l’Anses.

Lorsque le fruit est contaminé, il perd toutes ses qualités gustatives, en raison d’une rupture de sa maturation. Cela vient alors altérer la qualité de sa chair et le rend impropre à la commercialisation puisque le fruit pourri beaucoup plus vite.

D’où vient-il ?

Observé pour la première fois en 2014 en Israël et en Jordanie, le virus est réapparu en 2018 au Mexique, aux États-Unis, en Allemagne et en Italie. L’année d’après, il a été détecté aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et en Grèce.

Selon le ministère de l’agriculture, les plants contaminés de l’exploitation bretonne « proviennent du Royaume-Uni mais sont issus de semences produites aux Pays-Bas. » Trois autres exploitations françaises « ont été identifiées comme ayant reçu le même type de plants ». Elles font l’objet d’inspections et de prélèvements, dans le cadre de l’enquête de traçabilité.

Le virus est-il dangereux pour la santé de l’homme ?

Au moment où le coronavirus est dans toutes les têtes, l’arrivée d’un nouveau virus peut inquiéter les consommateurs. Si le ToBRFV est virulent pour les plantes, il n’est en aucun cas un danger pour la santé des humains. « C’est un virus végétal qui n’a aucun impact sur l’homme et l’animal, tient à préciser Jacques Rouchaussé, le président national des Légumes de France. Même si le fruit contaminé est consommé, ce n’est pas grave. Le consommateur va simplement constater une texture particulière et un manque de goût. »

En revanche, le virus est destructeur pour une exploitation. Selon l’Anses, il peut infecter jusqu’à 100 % des plantes sur un site de production. Ce qui le rend redoutable pour les cultures à haute densité comme les cultures sous serres.

Quelles sont les répercussions sur les cultures ?

« Si on arrive pas à contenir la contamination, le risque c’est que la filière tomates puisse décliner rapidement, il s’agit d’un virus particulièrement virulent », a avertit Laurent Bergé, le président de l’AOP Tomates, à l’AFP, en évoquant les vecteurs de propagation tels que les emballages ou les palettes.

De son côté le ministère a prévenu dimanche que la diffusion en France du virus « aurait des conséquences économiques majeures pour la filière mais également les jardiniers amateurs ». En France, 740 000 tonnes de tomates sont produites chaque année. « La filière de la tomate représente des centaines de millions d’euros », précise le président des producteurs des légumes de France.

Concernant l’exploitation bretonne contaminée par le ToBRFV, le producteur va être aidé financièrement grâce au FMSE, un fond de mutualisation créé en 2013 pour indemniser les pertes subies par les agriculteurs lors des crises sanitaires ou des accidents environnementaux. « Avec l’arrivée de ce nouveau virus, nous allons demander davantage de cotisations pour la filière de la tomate. Il faut anticiper les futures pertes », explique Jacques Rouchaussé.

Peut-on combattre le virus ?

Si ce nouveau virus inquiète les producteurs français de tomates, c’est qu’il n’existe à l’heure actuelle aucun traitement. « Pour l’instant, aucun pesticide n’arrive a éradiquer entièrement le virus », constate M. Rouchaussé. Seule l’incinération de l’ensemble des déchets, c’est-à-dire de la serre mais aussi de tout le matériel utilisé, détruit le virus. » L’exploitation bretonne contaminée est dans l’attente de la destruction totale des végétaux et de la désinfection du site.

Laurent Bergé se veut tout de même rassurant sur les risques de propagation : « contrairement à d’autres pays comme les Pays-Bas, nos exploitations sont beaucoup plus dispersées sur le territoire donc le risque de contamination d’exploitation à une autre est limité ». Selon, le président de l’AOP tomates, d’autres virus ont par le passé été contenus, grâce à des mesures de sécurité « assez élevées ».

Les autorités appellent les 1500 producteurs, qui font pousser le premier fruit consommé par les Français avec un peu plus de 13,9 kg par ménage, à la vigilance. « C’est la première fois que nous avons affaire à un tel virus », indique Jacques Rouchaussé. Le ministère de l’Agriculture et la Direction générale de l’alimentation vont établir un plan de surveillance qui donnera les directives à l’ensembles des producteurs. « Il sera publié d’ici la fin de semaine », annonce Jacques Rouchaussé.