Primaires américaines : Mike Bloomberg, l’homme à abattre côté démocrates

A quelques heures du premier débat, à Las Vegas, le milliardaire new-yorkais Mikael Bloomberg, tout fraîchement lancé dans la course à l'investiture démocrate, se prépare à affronter ses adversaires qui n'hésitent pas à dénoncer sa campagne à coups de milliards.

Près de 340 millions de dollars en publicité politique. C’est beaucoup, c’est même plus que ce que Barack Obama avait dépensé pendant toute sa campagne présidentielle de 2012. Mais pour « Mike » , c’est une broutille. La fortune de Michael Bloomberg, 78 ans, est estimée à plus de 50 milliards de dollars (soit plus de 46,3 milliards d’euros) et celui-ci n’hésite pas à utiliser son patrimoine à des fins politiques.

En novembre 2019, il s’est lancé dans la quête à l’investiture démocrate, et c’est peu dire qu’il cristallise depuis les critiques des autres candidats de la gauche américaine. Mercredi 19 février au soir, il participera à son premier débat pour l’investiture, à Las Vegas, et devra se blinder pour survivre au feu croisé de ses adversaires.

Premier angle d’attaque, l’argent. Fondateur en 1981 de Bloomberg LP, un groupe financier spécialisé dans les services aux professionnels des marchés financiers et dans l’information économique et financière, Mike Bloomberg est de loin le plus riche des candidats démocrates à la présidentielle — et onzième personne la plus riche du monde, selon Forbes. Et il se sert de son argent pour arriver à ses fins. Il a même déclaré qu’il serait prêt à dépenser jusqu’à un milliard de dollars, pour sa campagne ou celle du candidat qui remporterait les primaires démocrates — Pete Buttigieg s’est d’ailleurs empressé de préciser qu’il accepterait cet argent s’il en sortait vainqueur. Une stratégie aux antipodes des méthodes utilisées par les autres candidats. « Récolter des votes, ce n’est pas quelque chose que je pourrais faire juste grâce à quelques publicités », a ironisé la sénatrice du Minnesota Amy Klobuchar.

« Is Bloomberg Republican or Democrat? »

Le plus remonté contre Bloomberg est le sénateur « far-left » du Vermont, Bernie Sanders, qui l’a accusé lors d’un meeting de campagne d’essayer « d’acheter la présidence en dépensant des centaines et des centaines de millions de dollars pour des publicités à la télé ». Publicités qui pour la plupart critiquent, voire menacent les supporters des autres candidats démocrates, ou bien s’en prennent à Donald Trump, qui serait son adversaire républicain s’il remportait l’investiture démocrate. 

Et s’il n’y avait que la fortune… Car la carrière politique du septuagénaire ne plaide pas en sa faveur. « Is Bloomberg Republican or Democrat? » (Est ce que Bloomberg est républicain ou démocrate ?) est l’une des premières suggestions proposées par Google lorsque l’on recherche son nom, et la réponse n’est pas si évidente.

En 2001, Michael Bloomberg veut être maire de New York. Mais il est conscient qu’il n’a que peu de chances de remporter l’investiture du parti démocrate, duquel il se réclame. Qu’importe : il se présente sous l’étiquette républicaine et bat avec 50% des voix le démocrate Mark Green. En 2005, il brigue un second mandat mais le parti démocrate a déjà investi Fernando Ferrer. Alors, il se re-présente sous l’étiquette républicaine. Dépense huit fois plus que son adversaire pour sa campagne et remporte une seconde fois la mairie de New York. En juin 2007, il rend sa carte des républicains, et c’est sous l’étiquette « Indépendant » qu’il remporte sa troisième élection d’affilée, en 2009. Ce n’est que neuf ans après qu’il reprendra sa carte au parti démocrate.

Le Trump démocrate ?

Un candidat milliardaire, à la couleur politique changeante… Voilà qui n’a pas manqué de rappeler Donald Trump à ses adversaires. Notamment à Elisabeth Warren, qui s’est réjouit ce 19 février sur Twitter d’affronter un Bloomberg peu à l’aise sur les plateaux, dans le Nevada  : « Au moins, maintenant, les électeurs de la primaire qui se demandaient comment chaque candidat se débrouillerait pour affronter Donald Trump, auront une démonstration en direct de la manière dont chacun d’entre eux affronte un milliardaire égocentrique. » Mais la comparaison ne s’arrête pas là. 

Au cours des vingt dernières années, Bloomberg L.P. a été la cible de près de 40 poursuites pour discrimination et harcèlement de 64 employés, dont beaucoup affirment qu’il a cultivé une ambiance de « boy’s club » au sein de la société. Ce n’est pas tout : Mike Bloomberg, alors maire de New York, est confronté à des accusations de racisme pour sa politique du « stop-and-frisk » (« arrêt-et-fouille »). Une pratique de la police de New York, qui autorise les forces de l’ordre à détenir temporairement, interroger et parfois fouiller des civils et des suspects dans la rue à la recherche d’armes et d’autres objets de contrebande. Et qui aboutit, selon les statistiques, quasiment systématiquement à du délit de faciès. « 60 milliards de dollars peuvent vous offrir beaucoup de publicité, tacle l’ex-vice-président et également candidat démocrate Joe Biden, mais ils ne peuvent pas effacer votre casier. »

« C’est un spectacle franchement accablant que de voir des gens de gauche, qui ont longtemps fait la grimace à Donald Trump sur des questions de fortune, de race et de droits des femmes, laisser la peur, la propagande et l’influence de mercenaires les pousser à soutenir un homme qui a ses propres problèmes sur tous ces sujets », s’insurge l’éditorialiste du New York Times Charles W. Bow dans une attaque dirigée vers les supporters du milliardaire. Une opinion sûrement partagée par la plupart des candidats démocrates à l’investiture. A Las Vegas, Michael Bloomberg sera en territoire ennemi.