En Allemagne, le terroriste d’extrême droite menace

L’attaque terroriste de Hanau qui a tué neuf personnes mercredi 19 février est le dernier épisode d'une série d'attentats perpétrés ou déjoués. En Allemagne, 12 700 militants d'extrême-droites sont considérés comme violents, un chiffre qui n'a cessé d'augmenter depuis 1990. 

Neuf personnes ont été tuées dans une fusillade mercredi 19 février au soir à Hanau près de Frankfort en Allemagne. L’auteur de l’attaque a été retrouvé mort à son domicile. Selon le journal allemand Bild, les enquêteurs ont retrouvé chez lui une lettre qui contiendrait des revendications d’extrême-droite. L’affaire rappelle qu’en Allemagne des cellules terroristes d’extrême-droite couvent et menacent.

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L’attaque d’Hanau fait suite à plusieurs autres évènements qui déjà avaient alerté l’opinion allemande. Le 14 février, douze militants d’extrême-droite ont été arrêtés. Ils étaient suspectés de préparer un attentat sur le modèle de celui de Christchurch. Il y a sept mois, le préfet Lübke de Cassel était assassiné en Saxe-Anhalt pour son soutien à l’accueil de migrants. En 2018, un rapport de l’Office fédéral de la protection de la constitution recensait 24 000 extrémistes de droite, dont la moitié est considérée comme violente. Ce même rapport s’inquiétait que les débats sur l’immigration qui agite la société allemande depuis plusieurs années, ne fasse basculer des militants violents dans le terrorisme.

Une mouvance éclatée qui se transforme

Les chiffres avancés par l’Office fédéral de la protection de la constitution pointent une baisse du nombre de militants d’extrême-droite : s’ils sont 24 000 aujourd’hui, ils étaient 65 000 au début des années 1990. À l’inverse, le nombre de militants considérés comme violents a explosé, passant de 1400 au début des années 1990 à 12 700 aujourd’hui.

L’assassinat en 2019 de Lübke de Cassel a signé un changement d’envergure des attaques des groupes d’extrême-droite : c’est la première fois qu’un responsable politique était visé. Pour la chercheure Nele Katharina Wissmann, auteure d’un rapport pour l’Ifri sur le terrorisme d’exrême-droite, « la profonde transformation de l’extrême-droite allemande depuis les années 1990 complique l’analyse et la recherche de solutions. Elle s’est à la fois radicalisée et embourgeoisée ». Les groupuscules entretiennent des relations complexes avec les partis politiques d’extrême-droite comme AfD, si bien que les frontières entre populisme de droite, extrême-droite et terrorisme d’extrême droite se brouillent. La situation est nouvelle, puisque dans les années 1990 et 2000, ces groupuscules étaient isolés.

Signe de ce changement, les militants n’adoptent plus le look skinhead, cher aux néonazis d’antan. Plus de blousons de cuir, plus de DrMartens, plus de crâne rasé. Ils ont assagi leur style pour ne plus effrayer les gens, et attirer adolescents et jeunes adultes, ils s’habillent comme leurs contemporains, écoutent la même musique.

Reste que tous les militants, même violent, ne sont pas des terroristes en puissance. Pour Nele Katharina Wissmann, « la radicalisation qui transforme un extrémiste en terroriste ne se produit souvent qu’après un passage prolongé dans la clandestinité. Les contraintes et les pressions subies lors de cette existence solitaire et la tendance à occulter les réalités en-dehors du groupe renforcent la radicalisation et débouchent sur des attaques plus violentes ».

Inquiétude sur l’infiltration de l’administration

Aujourd’hui, les renseignements allemands s’inquiètent d’une infiltration de l’administration par ces groupuscules d’extrêmes-droite. Parmi les douze individus arrêtés le 14 février dernier figure un policier.

En 2017, l’arrestation d’un soldat allemand proche de l’extrême-droite suspecté d’avoir planifié un attentat, avait déjà attiré l’attention. L’affaire a accéléré les mesures prises pour prévenir une infiltration. En 2019, le service de contre-espionnage a été réactivé au sein de la Bundeswehr (armée allemande). À ce jour, 450 soldats ont été identifiés pour leur proximité avec l’extrême-droite et ont été l’objet d’enquête. Parmi eux, un grand nombre appartient aux forces spéciales.

Au sein de l’administration, des mesures sont prises. L’Office fédéral de police criminelle veut ainsi mettre en place un système d’évaluation de la menace émanant des militants d’extrême droite violents, à l’instar de ce qui existe pour le terrorisme islamiste. L’Office veut aussi créer un organisme spécifique chargé de lutter contre l’incitation à la haine sur Internet.