Enfants en pays en guerre : « il leur faudra des années pour pouvoir se remettre de tels traumatismes »

Une vidéo d'un père apprenant à sa fille de 3 ans à rire des bombardements en Syrie a été largement relayée sur les réseaux sociaux. Selon l'UNICEF, en Syrie, un enfant sur trois n'a connu que la guerre.

3.7 millions d’enfants syriens sont nés depuis le début du conflit syrien estimait en 2016 l’Unicef. Alors que les enfants sont parmi les premières victimes de la guerre en Syrie, Frédéric Joli, porte-parole du Comité International de la Croix Rouge en France (CICR) explique que cette situation peut créer d’énormes traumatismes.  Selon lui, « pour une génération d’enfant impactée dans un conflit, il faudra deux ou trois générations pour arriver à commencer à tourner la page ».

 

Dans les pays en conflits armés, quelles répercussions à une guerre sur la vie future d’un enfant ? 

La guerre est évidemment un traumatisme, et particulièrement chez les enfants qui se retrouvent souvent à vivre sans rien, dans le froid,  avec des proches voire des parents blessés. Ils ont souvent été séparés de leur propre famille et peuvent donc se trouver en manque d’amour. Chez les enfants, ces traumatismes sont très destructeurs même si chacun réagit différemment. On peut avoir des cas de prostrations : des enfants qui se referment sur eux mêmes parce que le réel est devenu insupportable. Ça peut aussi se traduire par des ruminations, des cauchemars, le développement de paniques… Il faudra sans doute des années pour qu’ils puissent s’en remettre et on peut arriver à des traumatismes énormes chez des adolescents et des adultes qui peuvent développer des pathologies mentales. Sans parler des traumatismes physiques pour les enfants qui marchent sur des mines par exemple. Pour une génération d’enfant impactée dans un conflit, il faudra deux ou trois générations pour arriver à commencer à tourner la page.

Quelles actions sont mises en place pour aider les enfants ?

Différents programmes sont mis en oeuvre pour les enfants par l’Unicef ou le CICR par exemple dans les pays en guerre ou dans les camps de camps de déplacés puisqu’on y trouve beaucoup d’enfants. Dans les orphelinats, on fait faire des activités aux enfants comme du dessin ou le théâtre. Cela permet de leur faire exprimer ce qu’ils ont souvent très profondément intériorisés. On voit très vite cela aide les enfants qui n’arrivent pas à s’exprimer parce qu’ils n’ont pas les mots pour le faire. Je me souviens avoir vu des dessins représentant des avions attaquant une maison, un père tué. Par l’éducation, l’apport de vêtement, des jeux on tente de rendre aux enfants une vie presque normale.

Redonner de la normalité dans la vie d’un enfant malgré une situation de guerre, c’est aussi ce qu’essaie de faire ce père de famille avec sa fille de 3 ans ?

Oui, c’est sa stratégie. Mais concernant ce type de vidéos, je ne suis pas fan de l’émotion et du pathos. Cette vidéo me renvoie un grand sentiment d’impuissance. Aucun des leviers n’a fonctionné pour arrêter ce conflit. J’espère que cette vidéo pourra ramener l’attention sur la situation humanitaire en Syrie. Cela permet aussi de rappeler qu’un enfant qui souffre, c’est interdit par le droit international humanitaire qui doit séparer ceux qui ne se battent pas de ceux qui se battent. C’est donc une violation du droit de s’attaquer à des enfants.