Transport de neige par hélicoptère : « Nous sommes les premiers à défendre notre environnement »

La ministre de l'Écologie, Elisabeth Born, a condamné ce week-end la décision de la Haute-Garonne par hélicoptère et rencontre, ce jeudi, les responsables de station de ski. Pour les habitants, cette polémique est une « hypocrisie ».

« C’est n’importe quoi ! À la montagne, nous sommes plus responsables envers la nature que les gens en ville ! », s’insurge Youri, 28 ans, depuis son gîte-auberge La Soulan. Installé dans la station Le Mourtis, sur les hauteurs pyrénéennes, ce restaurateur a suivi la polémique qui gonfle depuis qu’un hélicoptère a apporté 50 tonnes de neige naturelle sur la station voisine de Luchon Superbagnères, ce week-end.

« Ils ont fait deux heures d’hélicoptère, c’est très peu ! Combien survolent le Tour de France durant des jours chaque année ? », s’exclame-t-il. Gérante d’un magasin de location d’équipements, Marion, 29 ans, est aussi contrariée par la réaction de la ministre : « Dix rotations d’hélicoptère, ce n’est rien comparé à la pollution engendrée par les grandes villes… » Dimanche, la ministre de la Transition écologique, Elisabeth Borne avait condamné la pratique sur Twitter et avait annoncé qu’elle réunirait les acteurs concernés. La réunion s’est tenue ce jeudi en fin d’après-midi.

« Que vous dire ? C’est une vaste hypocrisie ! », peste Christophe, directeur de la station de ski Le Mourtis. L’homme de 54 ans qui fête sa trentième saison dans la région n’accepte pas que l’implication écologique des locaux soit remise en question. « Nous sommes les premiers à défendre notre environnement ! Déjà parce que c’est notre gagne-pain, ensuite, parce que c’est notre lieu de vie et celui de nos enfants. Nous sommes évidemment très sensibles à l’environnement et à l’écologie. Là on dirait qu’on va tuer la planète parce qu’on a fait déplacer un hélico, on ne mérite pas cela », lâche-t-il amer.

Dès samedi, Emmanuelle Wargon, secrétaire d’État auprès de la ministre de la Transition écologique et solidaire, avait déjà sanctionné cet hélitreuillage. « On marche sur la tête ! Il est temps de changer de modèle », avait-elle publié sur les réseaux sociaux.

L’argument économique mis en avant

Si les habitants du massif pyrénéens ne condamnent pas fermement l’usage de l’hélicoptère, aucun ne se réjouit pour autant de la situation. Dans les stations de ski des Pyrénées, l’argument économique est invoqué. « Il s’agit d’une opération ponctuelle qui a permis de faire travailler les 60 moniteurs de ski de Luchon Superbagnères et de satisfaire les quelques 1 000 touristes présents. Nous avons un tissu économique fragile et nous devons faire attention », justifie Christophe.

« Cinquante tonnes, c’est moins que deux gros camions ! »

George Méric, président du département de la Haute-Garonne

Depuis 2018, le Conseil départemental de la Haute-Garonne est gestionnaire de la station Luchon Superbagères ainsi que des stations Le Mourtis et Bourg D’Oueil. George Méric, président du département et interrogé par France 3 Occitanie, avance également l’argument économique. « L’opération doit permettre de garantir 15 jours d’activité pour les écoles de ski. Cela a permis de sauver des emplois, de donner du travail aux professeurs de ski, aux saisonniers, aux restaurateurs et aux hébergeurs », a‑t-il indiqué. Avant de poursuivre : « Je comprends très bien l’image d’un hélicoptère qui porte de la neige… mais il faut aller au-delà de l’image et comprendre : 50 tonnes c’est moins que deux gros camions ! »

« Les images de l’hélicoptère sont un électrochoc pour tout le monde, nous voyons que ce sont vraiment des pratiques anti-écologiques. Les stations, qui sont victimes du réchauffement climatique, aggravent la situation en agissant ainsi », arguait Elisabeth Borne en début de semaine à l’occasion d’une interview avec nos confrères de 20 Minutes.

Diversifier les activités pour pallier les impacts du dérèglement climatique

Pour éviter d’être en proie au dérèglement climatique, les socio-professionnels du massif pyrénéen tentent de développer d’autres activités. « Nous avons lancé, au pied-levé, toutes nos activités d’été comme les VTT, les randonnées et autre trottinettes », confie le directeur de la station Le Mourtis qui a fermé ses pistes au début du mois, faute de neige. Le but ? Avoir une station « vivante et animée ». « Même si le domaine skiable est fermé, la station ne l’est pas ! », rassure Christophe.

Reconversion. Tel semble être le maître mot des socio-professionnels du massif pour prévenir les impacts du dérèglement climatique sur les emplois. Il y a quatre ans, Youri a acheté des ânes pour proposer des balades aux touristes et diversifier son activité. Cela permet de ne pas être dépendant d’une seule saison.

En 2018, le Conseil départemental de Haute-Garonne a décidé d’investir 25 millions d’euros sur cinq ans pour aider les trois stations dont il est gestionnaire à se reconvertir. Le plan « 4 saisons » a notamment pour but de répartir l’activité pour moins souffrir du déficit d’enneigement à venir. « La question de l’adaptation de notre économie locale au dérèglement climatique sera le fil conducteur pour toutes nos politiques publiques », indique Delphine Mercadier-Moure, Commissaire à l’Aménagement, au Développement et à la Protection du Massif des Pyrénées.

Selon l’Observatoire pyrénéen du changement climatique (OPCC), l’épaisseur de neige pourrait diminuer de moitié et les températures maximales moyennes pourraient augmenter de 1,4 C° à 3,3 C° d’ici à 2050.